La cause de sa mélancolie, il ne faudrait pas la chercher dans l’abandon où Gustave la laissait une ou deux nuits par semaine; elle était très-convaincue que les heures passées loin d’elle, Gustave les passait chez son père, où il avait un appartement. Ces absences, quelque longues qu’elles fussent, ne causaient donc pas son chagrin; ce qui l’excitait outre mesure, après la pensée de la mort de sa mère, c’était le silence de Gustave sur leur prochain mariage.

Elle n’attendait qu’un seul mot pour sourire de bonheur; elle l’attendait, et Gustave ne le disait pas.

Sa résolution était prise de ne point aborder cette question la première: s’il ne m’en parle jamais, se dit-elle, je ne lui en parlerai jamais non plus; mais je le quitterai.

Du jour où elle se dit cela, Louise accorda, par la pensée, un mois tout entier à Gustave pour expliquer enfin ses intentions. Jusque-là elle se promit de lui refuser ces marques intimes d’amour qu’elle lui avait si imprudemment données, pour la première fois, dans la maison de la rue Montmartre.

—Toutefois, se dit-elle, je serai gaie et je paraîtrai heureuse, afin qu’il m’aime davantage.

En effet, dès ce jour-là, Louise, forte de sa résolution, ne montra plus que par rares intervalles ce front triste qui déplaisait tant à Gustave; et lui, la voyant sourire, il lui prodigua mille caresses, mais des caresses pudiques: Louise n’en voulait plus souffrir d’autres.

Tout d’abord, Gustave traita de caprice l’obstacle qu’elle opposait à ses désirs; puis, cet obstacle se renouvelant sans cesse et plus violent à mesure qu’il s’efforçait de le rompre, il ne sut qu’en penser.

Un soir que Louise s’était sentie prête à céder, à demi vaincue par les baisers de son amant, elle s’effraya d’avoir été si proche de sa chute, et pour éviter tout péril à l’avenir, elle résolut de refuser encore à Gustave la caresse la plus innocente.

Cependant Gustave ne concevait rien à cette fantaisie; après d’inutiles tentatives pour obtenir de Louise, ne fût-ce qu’un baiser sur la joue, il l’accusa de coquetterie, car il voyait percer un sourire à travers l’obstination de ses refus.

—C’est un calcul de sa part, pensa-t-il, je ne suis pas dupe de son manége. Laissons-la faire; quand elle verra que je ne lui demande plus ses baisers, elle viendra me les offrir.