Alors Gustave montra autant d’indifférence qu’il avait montré d’amour.
Louise retomba dans sa première tristesse.
L’époque fixée par elle pour quitter Gustave, au cas où il ne lui aurait pas parlé de leur mariage, cette époque, disons-nous, s’avançait rapidement. Chaque minute, chaque heure qui rapprochait Louise du jour fatal, semblait lui ôter une année de son existence; elle pâlissait et faiblissait comme quelqu’un qui va mourir.
—Le quitter! murmurait-elle; mais, mon Dieu! où irai-je? que deviendrai-je? et pourtant dois-je rester avec lui, puisqu’il ne m’épouse pas?.. Est-ce que je veux, est-ce que je peux être sa maîtresse?...
Ce ne fut pas sans une lutte violente entre son amour et sa fierté que Louise put se décider à l’accomplissement de son dessein.
La pensée de se tuer lui vint; mais elle la repoussa avec effroi: elle ne sentait pas en elle assez de courage pour le suicide.
Pourtant, après avoir quitté Gustave, il fallait savoir que faire et que devenir. Une fois dans la rue, qui prendrait pitié d’elle? Travailler? mais quel métier a-t-elle appris? aucun. Elle est propre tout au plus à faire quelques ouvrages futiles de femme, sorte de talent à l’aide duquel on ne peut gagner sa vie.
Ces pensées la tourmentent, l’effraient, et cependant l’honneur lui fait une loi de ne pas demeurer plus long-temps avec Gustave. Parce qu’elle a été coupable un mois ou deux, est-ce une raison pour être coupable toujours?
—Demain, dit-elle en pleurant, demain je l’abandonne; il le faut. Mais que deviendrai-je demain?...
La veille au soir du jour fixé pour sa fuite, Louise s’habille de ses vêtemens les plus modestes; autant que possible, elle veut reprendre l’apparence de son ancienne fortune. Gustave est absent depuis le matin, personne ne s’oppose à ce qu’elle sorte; d’ailleurs elle sort si rarement qu’une fois par hasard il lui est bien permis de quitter la chambre: Gustave lui-même ne l’a-t-il pas souvent engagée à se distraire par quelques promenades au dehors?