Mais sa toilette est au moins extraordinaire; madame Lefebvre lui en fait la remarque.
—Est-ce que madame va se promener avec ce bonnet et cette petite robe de drap? demanda-t-elle.
—Oui, madame Lefebvre.
—Madame sort seule, à sept heures du soir?
—Comme il plaira à madame, réplique la Lefebvre; mais, quant à ce qui est de sa toilette je me permettrai de lui dire que, pour une dame comme elle, un bonnet ce n’est guère distingué.
Louise ne répondit rien. Prête à ouvrir la porte, des larmes roulèrent sur ses joues; elle se hâta de les essuyer. Madame Lefebvre aperçut ce mouvement. Il faut qu’il y ait quelque chose là-dessous, se dit-elle: madame qui ne sort jamais, qui aujourd’hui s’habille d’une si drôle de manière, madame qui pleure en s’en allant.... ce n’est pas naturel. Si elle allait ne pas revenir? monsieur ferait un beau train!... Et moi donc! quand elle serait partie, adieu les gages!.... Ma foi! on ne m’a pas défendu de la laisser sortir, mais on ne m’a pas défendu non plus de la suivre... Voyons un peu: c’est que je ne me soucie pas de perdre ma place...
Tout en disant cela, elle écoutait les pas de Louise qui descendait l’escalier, et elle descendait elle-même à petit bruit.
—Elle ne s’apercevra pas que je la suis, pensa madame Lefebvre; voilà le soir qui vient. Et puis, si elle tourne la tête de mon côté, je me cacherai derrière les voitures ou dans l’enfoncement des portes cochères.
Tout d’abord, Louise aurait eu grand’peine à se rendre compte du motif qui la faisait sortir en ce moment, puisque le lendemain seulement devait être le jour de sa séparation d’avec Gustave. Elle n’a pas le dessein de le quitter aujourd’hui: pourquoi donc va-t-elle ainsi par les rues?