Tout laisse croire que c’est pour s’essayer à être seule; c’est un premier pas qui doit l’affermir dans sa fuite prochaine; elle veut s’accoutumer à la solitude, se familiariser d’avance avec l’abandon...

Chemin faisant, elle s’efforce d’oublier qu’elle rentrera chez Gustave ce soir même; elle veut se persuader, quoiqu’elle sache bien le contraire, qu’elle vient de le quitter pour toujours, qu’elle ne le reverra plus. Elle avance sa vie de vingt-quatre heures, se met dès à présent et par la pensée dans la position où elle sera demain; puis elle se demande: à quelle porte frapper?

Nous l’avons dit, c’est une séparation d’essai.

Arrivée rue de Bussi, elle regarde de tous côtés, indécise sur la route qu’elle doit suivre; elle ignore où elle est et vers quel but elle marche.

Elle cherche des yeux, et, apercevant un commissionnaire, elle va droit à lui, et s’arrête pour le questionner.... sur quoi? sur le chemin qu’il lui faut prendre. Mais en quel lieu se rend-elle?

Le commissionnaire, étonné du silence de cette femme qui s’est approchée pour lui parler sans doute, et qui cependant ne prononce pas un mot, lui dit:

—Mademoiselle a une commission à faire?

—Où suis-je, monsieur?

—Rue de Bussi, mademoiselle.

—Est-ce loin de la rue Saint-Denis? demande Louise qui naturellement pense à son ancien quartier, peut-être à son ancienne demeure.