Il se plaça dans un fauteuil. Mais Louise s’obstina à demeurer debout; seulement elle alla s’appuyer contre un des coins du marbre de la cheminée.

Le docteur, jugeant au silence de Gustave et de sa maîtresse qu’ils hésitaient l’un et l’autre à renouer la conversation, crut convenable de demander à Louise quelle avait été sa maladie de la veille.

—Une légère indisposition, monsieur, répondit-elle; mais je vous remercie, ma santé est bonne à présent.

—Comment voulez-vous qu’elle ne soit pas malade? dit Gustave avec humeur: on dirait qu’elle va chercher les maladies pour son plaisir. Je n’ai jamais vu une femme comme elle.

—Monsieur, dit Louise d’un ton de voix empreint d’une sorte de dignité, je vous prie de m’épargner toute insulte. Si c’est là tout ce que vous avez à me dire, permettez que je sorte de chez vous; j’y suis déjà restée trop long-temps.

—Si j’étais sûr, répondit Gustave, que vous ne fussiez pas malheureuse ailleurs, croyez-le bien, je ne vous retiendrais pas une minute de plus en cette chambre.

—Il faudrait que je fusse bien malheureuse pour l’être autant que je le suis depuis trois mois, s’écria Louise fondant en larmes.

—Vous voyez, docteur, reprit Gustave en se levant tout effaré, la voilà encore! Mais c’est insoutenable cela! Y comprenez-vous quelque chose?... Une femme qui pleure toujours!... il faut que ce soit une maladie.

Puis s’avançant vers Louise:

—Qu’est-ce que je vous ai fait? Pourquoi pleurez-vous? Ai-je quelques torts à votre égard? Répondez. N’employé-je pas tous les moyens possibles pour vous rendre la vie tranquille, agréable? N’est-ce pas vous qui constamment me boudez, me repoussez?.. Tenez, docteur, je vais vous en faire juge: depuis un mois bientôt, madame me refuse toute espèce de preuves, je ne dirai pas d’amour, mais de simple amitié. Elle en est venue au point de ne plus souffrir même que je l’embrasse; et vous croyez que ce n’est pas insupportable?