—Avez-vous, madame, demanda le docteur, quelques reproches sérieux à faire à Gustave?... Expliquez-vous; on ne se fâche pas sans motif.

—Monsieur, répliqua Louise en essuyant ses larmes et en faisant un mouvement vers la porte, je n’ai rien à reprocher à monsieur Gustave, du moment où chacun croit ici que tous ses torts il les a réparés en honnête homme. Il est libre d’agir comme il l’entend; mais moi, ce me semble, je suis libre aussi de le quitter si je veux.

—Louise, êtes-vous bien résolue à vous séparer de moi? demanda Gustave froidement.

—J’y suis tellement résolue, répondit-elle, que si vous m’obligiez à demeurer plus long-temps avec vous, je me tuerais.

—Alors, c’est une décision invincible? fit observer le docteur.

—Invincible, dit Louise, sans doute... Je ne veux être la maîtresse de personne.

Gustave et le docteur échangèrent un rapide coup d’œil d’intelligence.

—Ecoutez-moi bien, Louise, je vais vous parler franchement: puisque vous êtes décidée à une séparation, je peux vous le dire: nos caractères ne sympathisent pas. En demeurant ensemble, nous nous rendrions malheureux l’un par l’autre: nous en avons fait un rude apprentissage. D’abord, je suis gai, moi; vous, vous êtes d’une tristesse...

—Ah! dit Louise, j’étais gaie aussi, moi, quand j’étais heureuse!

—Gaie! reprit Gustave en hochant la tête, gaie!.. Je ne crois pas que la gaieté ait jamais été dans votre humeur; vous n’avez pas ri deux fois depuis que nous sommes ensemble.