—Tenez, monsieur Gustave, s’écria Louise avec une espèce d’emportement, je vous l’ai déjà dit, vous manquez d’ame. Il faudrait rire avec vous, quelque faute qu’on ait commise, quelque sujet de douleur qu’on ait. Vous avez raison, nos caractères ne sympathisent pas, et, pour notre bonheur à tous deux, il faut nous quitter.
—Encore un moment, Louise; on ne se sépare pas ainsi. Où comptez-vous aller?
—Que vous importe?
—Répondez-moi tranquillement, je vous conjure. Quoique vous m’accusiez de manquer d’ame, je ne suis pas tout-à-fait insensible, croyez-le bien. Dites-moi où vous allez, quelles sont vos ressources.... Je suis votre ami, Louise, regardez-moi comme un frère. Ce que je possède est à vous. Je ne vous laisserai jamais dans le besoin.
—Monsieur, dit-elle en relevant la tête, je ne vous demande pour toute grâce, pour tout bien, que la liberté de sortir à l’instant même.
Gustave, confondu de l’air dont ces paroles avaient été dites, n’osa revenir de sa proposition d’assurer quelque fortune à celle qui avait été sa maîtresse. Toutefois il pensa qu’il saurait toujours le lieu de sa retraite, et qu’il pourrait, plus tard, lui faire tenir, comme venant d’une main inconnue, les deux ou trois mille livres de rente nécessaires à son existence.
—Louise, dit-il en lui tendant la main, avant de nous quitter, voulez-vous me permettre de vous embrasser, à titre d’ami?
Comme elle hésitait à prendre la main de Gustave, il ajouta:
—Vous me haïssez donc?
—Non, je ne vous hais pas, répondit-elle tout émue. Je ne pourrai jamais vous haïr; mais je vous prie en grâce de ne pas me retenir une minute de plus dans cette chambre: tout cela me fait du mal.