Quoiqu’il sût bien que tôt ou tard il finirait par se marier avec Louise, la crainte du ridicule le retenait dans l’inaction. Un jour, entre autres, il fit l’expérience des quolibets sans nombre qui ne manqueraient pas d’accueillir la nouvelle de son mariage. Ce jour-là il avait rencontré Alfred et Eugène, ses deux convives du café de Paris. En les apercevant, son maintien fut embarrassé. Ils ne lui en épargnèrent pas la remarque, et se répandirent en mille plaisanteries sur la peur qu’il avait de rencontrer ses amis depuis qu’un amour sérieux le faisait soupirer pour une grisette.
Gustave, qui du moins voulait payer de mine, essaya de prendre la chose en riant; mais il perdit toute contenance lorsque Eugène lui dit: On assure qu’elle est enceinte, et que tu songes à l’épouser.
—Mais, répondit Gustave en balbutiant, on assure là une chose.....
—Absurde: n’est-il pas vrai? Je ne te crois pas capable d’une vertu si bête, ou tu aurais terriblement changé en six mois de temps! Te rappelles-tu notre déjeuner au café de Paris?
—Pourquoi?
—Pourquoi?.... parce qu’alors tu avais certaines manières de voir sur les enfans... Tiens, veux-tu que je te dise franchement ce que je pense? tu médites un coup à la Rouvrard. Ah! ah! ah! farceur que tu es, je te connais bien! Avoue la vérité: tu attrapes cette fille; tu mets en pratique ton grand système des enfans sans mère... Allons, fais donc semblant de ne pas me comprendre!
—Je te comprends à merveille, au contraire, reprit Gustave; je me rappelle fort bien ce que je t’ai dit avant, pendant et même après notre déjeuner de garçon; alors, j’en conviens, j’avais sur les enfans, sur le mariage, des idées...
—Que tu n’as plus?
—Peut-être.
—Allons donc! tu plaisantes, et veux cacher ton jeu. Ce n’est pas avec tes amis qu’il faut feindre. Je vais te dire, moi, quel est ton projet.