—Voyons.
—Aussitôt ta maîtresse accouchée, tu escamotes l’enfant, et te voilà père sans femme. N’était-ce pas là ton grand rêve de civilisation et de bonheur?
Gustave devint sérieux. Il est possible, dit-il, que la pensée d’enlever un enfant à sa mère ait pu me venir en tête comme mille autres pensées extravagantes; mais de la conception à l’exécution il y a loin. A nos âges, quand on n’a ni femme, ni enfant, ni amour, on peut se figurer aisément qu’ôter à une mère son enfant est une chose toute simple, toute naturelle, toute facile... Aujourd’hui, quel qu’en soit le motif, je pense différemment.
—Bah!
—Je dis plus: c’est que tout homme assez cruel pour commettre une action semblable est un lâche et un scélérat.
—Parles-tu sérieusement?
—A tel point que si quelqu’un osait me soupçonner d’une pareille infamie, il m’en rendrait raison à l’instant même.
Eugène s’excusa froidement de l’avoir mal jugé.
—La faute en est à vous seul, Gustave, lui dit-il: une autre fois je ne vous croirai plus sur parole. Je vois bien qu’il ne faut jamais plaisanter avec les gens lorsqu’ils sont amoureux. Parlez-moi de l’amour pour dénaturer les meilleurs caractères! je m’en souviendrai. Adieu.