Comme on le pense bien, cette rencontre n’ébranla pas Gustave dans ses projets de mariage: tout au contraire, elle dut l’affermir dans ce louable dessein, mais sans lui faire voir cependant la nécessité d’en hâter l’exécution.
A la suite de cet entretien, il se dirigea vers la rue du Colombier, heureux de revoir Louise. Quand il entra, elle était assise près d’une fenêtre, le corps penché sur sa chaise, les jambes étendues. De la main elle fit signe à Gustave de marcher doucement et de faire silence. A l’expression attentive de son visage, au bonheur qui entr’ouvrait ses lèvres, on devinait que Louise attendait avec joie quelque chose qu’elle écoutait venir.
Gustave s’avança sur la pointe du pied, cherchant de toutes parts, interrogeant l’œil de Louise, et n’apercevant encore ni en elle, ni autour d’elle, l’objet qui attirait si fort son attention.
Mais Louise gardait la même posture, la main toujours levée, comme pour dire à Gustave: Silence!
Il était à ses côtés. Tout à coup elle tressaillit, et, se saisissant de la main de Gustave, elle la pressa sur son flanc.
—Sens-tu? sens-tu? lui dit-elle avec un accent passionné de bonheur: sens-tu comme il remue?... Pauvre petit!
Elle pleurait en répétant: Pauvre petit!
Quoique ce ne fussent pas les premiers signes d’existence qu’eût donnés son enfant, Gustave, cette fois, éprouva une émotion plus forte que d’habitude: les coups étaient si rudement portés dans le flanc de la mère, qu’il en fut effrayé pour elle.
—Ma Louise, lui dit-il tout agité, mais cet enfant doit te faire mal?
—Oh! mon Gustave, répondit-elle, que ce mal-là fait de bien! Pauvre enfant! il me frappe, comme s’il voulait me dire: Ma mère, je suis là... j’existe!