—Ne pleure pas, Louise, je t’en conjure. Tu ne peux rien faire qui me cause plus de mal. Explique-toi. Ce que tu as l’intention de demander au ciel, s’il est en mon pouvoir de te le donner, aucun sacrifice ne me coûtera.
—Oh! ce n’est pas en ton pouvoir, Gustave!
—Mais enfin qu’est-ce que cela peut être? Parle.
Louise, sans lever la tête, éclata en sanglots et dit:
—Je veux demander à Dieu que mon enfant ne m’abandonne pas, comme j’ai abandonné ma mère...
En achevant ces mots, elle poussa des cris de désespoir et s’enfuit dans la chambre voisine, où Gustave l’entendit qui disait:
—Mon Dieu, mon Dieu! ayez pitié de moi, ne me punissez pas dans ma fille!...
Resté seul, Gustave s’épouvanta de nouveau d’avoir pu regarder comme une plaisanterie fort sensée le projet horrible de priver deux mères de leurs enfans; car, au sortir de la table où Alfred avait conté l’histoire de Rouvrard, Gustave ne s’était-il pas complu dans cette pensée, qu’il commencerait par enlever à quelque pauvre mère sa fille, pour ensuite s’approprier l’enfant de cette même fille devenue mère? C’étaient deux générations, trois peut-être, dont il sacrifiait le bonheur à une fantaisie de garçon!
A présent, il ne peut se persuader qu’un semblable dessein il l’ait caressé dans sa tête, ne fût-ce qu’une minute. C’est que voir une mère, être père soi-même, fait comprendre des devoirs, éveille des sentimens dont on n’avait pas soupçonné l’existence jusque-là.
Surtout, depuis qu’il a entendu Louise demander à Dieu de ne pas permettre que son enfant la quitte jamais, surtout depuis ces cris d’un affreux désespoir, Gustave voudrait effacer de sa vie le jour infâme où il se dit: J’aurai un enfant, et tous deux, lui et moi, nous abandonnerons la mère.