Le caractère de Louise était devenu très-irritable, par suite de ses querelles avec Gustave, et aussi par suite des obstacles qui avaient précédemment retardé la conclusion de son mariage. En toute autre circonstance elle se fût emportée contre son amant, mais le prêtre lui avait recommandé la douceur, la résignation, la patience; les paroles du confesseur murmuraient encore à son oreille, et elle se contint pour ne pas éclater en reproches.
Une pénitence de tous les jours lui avait été imposée au confessionnal. Cette pénitence, qui consistait à répéter une foule de psaumes, elle ne put si bien se cacher pour la faire, que Gustave n’en surprît souvent le secret. De là, des discussions sans cesse renaissantes. Voulait-il l’embrasser, elle priait; voulait-elle prier, il se moquait d’elle, ou bien il entrait en colère. D’autres fois, le vendredi, par exemple, la querelle venait à propos du régime maigre que Louise s’obstinait à suivre, sous prétexte de santé, tandis que Gustave lui représentait que sa santé même et celle de son enfant lui imposaient l’obligation d’une nourriture forte et succulente.
Bien plus, Louise, chaque dimanche, de grand matin, s’en allait entendre une messe basse.
Gustave s’exaspérait à la voir pratiquer tous ces exercices de dévotion, depuis surtout qu’elle n’en faisait plus mystère. Car, emportée par la religion non moins que par les dispositions âpres et volontaires où la mettaient les fatigues de sa grossesse, Louise ne put long-temps ni modérer ses désirs, ni plier sa volonté devant la volonté de personne.
Quinze jours ne s’écoulèrent point sans qu’elle déclarât ouvertement sa résolution inébranlable de prier Dieu quand, comment et où bon lui semblerait.
Peu à peu Gustave montra pour elle une indifférence qui menaçait de se changer en aversion.
Le temps ne rapprocha point deux caractères qui, du reste, n’étaient pas faits pour s’entendre.
A peine trois mois restaient à Louise pour atteindre le terme de sa grossesse, et plus l’instant de ses couches approchait, plus elle s’irritait aisément, plus elle pleurait sans cause apparente, plus elle parlait souvent de sa mère, plus enfin elle donnait à Gustave d’insupportables sujets d’ennui.
Elle revenait aussi plus fréquemment et plus violemment que jamais sur la honte qui résultait pour elle d’être enceinte et bientôt mère sans être épouse.
C’est pourquoi Gustave, reculant avec plus de force qu’il ne l’avait fait encore l’heure fatale du mariage, engageait Louise à prendre patience par les mêmes raisons dont il l’avait apaisée déjà; mais Louise, à son tour, se rendait moins facilement à l’évidence de ces raisons, et même elle s’attachait ardemment à les combattre.