Elle ne sentait pas encore la nécessité de faire cette démarche, car, en dépit de ses craintes, elle était loin de croire que Gustave eût renoncé à la prendre pour femme.
Madame Lefebvre, qui ne cessait pas de veiller sur Louise, avait mis Gustave au fait des fréquentes absences de sa maîtresse, toujours prête à sortir, disait-elle, lorsque monsieur lui-même quittait la maison. Gustave ne fit d’abord nulle attention à cette confidence de madame Lefebvre; il se souciait peu que Louise allât et vînt suivant sa fantaisie. Mais à la fin, convaincu que Louise épiait sa conduite, il voulut la surprendre en faute. Le cas ne tarda pas à se présenter.
Après lui avoir fait un soir une très-courte visite, il s’éloigna par la rue Jacob, marchant très-vite, sans regarder en arrière. Au détour de la rue des Saints-Pères, il marcha lentement, puis il s’arrêta. Au bout de cinq ou six minutes, Louise l’avait rejoint. Elle était pâle, haletante. En apercevant Gustave qui la regardait froidement en face, elle fut saisie de frayeur. Soit fatigue, soit émotion, elle chancela, elle allait tomber. Il la soutint, fit avancer une voiture, et l’aidant à monter dedans, il lui dit:
—Vous êtes une insensée. Accusez-moi donc, à présent, de vouloir votre mort et celle de votre enfant, vous qui voulez tuer à plaisir votre enfant et vous! Je vous déclare que vous ne quitterez plus votre chambre.
A cette menace faite d’une voix sévère, Louise commençait en sanglotant le récit de ses griefs, lorsque Gustave l’interrompit:
—Vous me direz tout cela chez vous.
En effet, revenus rue du Colombier, Gustave la laissa librement s’emporter en reproches de jalousie. Quand il l’eut entendue, il ne lui fit que cette réponse:
—Louise, soyez sûre que je n’ai pas d’autre femme que vous sur les bras; vous m’avez dégoûté des maîtresses pour le reste de ma vie.
Cette réponse n’était pas de nature à satisfaire le cœur de Louise. Elle reprit:
—Pourquoi m’abandonnez-vous? je vous ennuie, je vous tourmente, à ce que vous dites?.. Mais ne me quittez pas, restez près de moi, et je vous rendrai heureux. C’est la solitude où vous me laissez qui m’aigrit le caractère. Si vous ne me fuyiez pas, serais-je jalouse? Gustave, je ne vous demande pas de l’amour pour moi, mais de l’humanité pour mon enfant. Mon enfant souffre de tout le mal que vous me faites. Ne m’aimez pas si vous voulez, mais aimez-le, lui! car enfin, Gustave, c’est votre enfant, et je suis votre femme... Gustave, ajouta-t-elle en se jetant à son cou, Gustave! tu ne peux m’abandonner ainsi, j’ai un enfant de toi, la nature m’a faite ta femme; tu ne peux pas me quitter, je ne peux pas te quitter non plus, moi!.. Cet enfant, pauvre petite créature, va bientôt t’appeler son père... Mon Gustave, je t’en prie, aime-moi un peu pour l’amour de lui... Il est possible que j’aie des torts envers toi, eh bien! je te promets de te les faire oublier... Mais, je t’en conjure, reste près de moi, ne me quitte plus. Que veux-tu?... je suis malheureuse, je suis jalouse...