Des larmes étaient venues aux yeux de Gustave. Il embrassa Louise, qui lui fit mille protestations de tendresse et de bonheur.
—Sois tranquille, lui dit-elle, je ne te tourmenterai plus.
Certain qu’elle disait vrai, Gustave résolut de la laisser seule moins souvent.
Mais l’amour, qui s’était éloigné de lui, ne pouvait revenir. C’était une sorte de pitié qu’il éprouvait maintenant pour Louise, rien de plus. Il voulait bien, pour la rendre heureuse, lui sacrifier cinq ou six heures par jour, mais, pour son bonheur à lui, il aurait bien voulu ne s’être pas condamné à ce sacrifice. Aussi, toutes les fois qu’un prétexte d’affaires, raisonnable en apparence, s’offrait à son esprit, il le saisissait avidemment pour se rendre à la liberté. Louise n’était pas guérie de ses soupçons jaloux, tant s’en faut. Le peu de temps qu’elle restait sans voir Gustave, son imagination la jetait à travers une nouvelle intrigue amoureuse; elle se représentait constamment Gustave infidèle. Sortait-il, elle pleurait afin qu’il restât, sorte de supplication qui le faisait s’éloigner plus vite; rentrait-il, elle ne lui épargnait ni reproches ni larmes sur sa longue absence.
La patience de Gustave était à bout.
Ce fut une tout autre chose encore quand Louise vint à se mettre en tête qu’elle devait mourir en couches. On ne sait à quel propos cette idée la frappa: peut-être avait-elle entendu dire récemment, ou plutôt avait-elle lu quelque part qu’en certaine province de France, jadis une croyance superstitieuse était répandue, à savoir, que toute fille enceinte et non mariée mourait en devenant mère. Quoi qu’il en soit, cette pensée l’occupa à tel point, qu’elle parlait sans cesse de sa mort prochaine.
Vainement le docteur essayait-il de lui mettre l’esprit en repos là-dessus; elle repoussait toute consolation, persuadée qu’elle était de mourir. Ses frayeurs croissaient de jour en jour; car le moment venait où Louise serait bientôt mère: à cette époque, elle était enceinte de huit mois.
Gustave, depuis une ou deux semaines, se tenait absolument éloigné de Louise; il la fuyait de nouveau et avec autant de soin qu’il l’avait cherchée dans des temps plus heureux. Il ne paraissait pas que rien pût le décider à revenir rue du Colombier: il attendait les couches. Cependant, un jour le docteur vint le trouver de la part de Louise. Elle veut vous voir et vous parler tout de suite, dit-il: dans la position où elle est, ne lui refusez pas cette petite satisfaction. Ce n’est ni pour vous faire des reproches, ni pour pleurer qu’elle vous demande; elle a quelque chose d’important et de pressé à vous dire. Je vous répète ses expressions mêmes.
Après quelques hésitations, Gustave céda, encouragé par le docteur, qui lui donnait l’assurance que cette entrevue devait être calme.
Louise travaillait près d’une fenêtre.