—Je vous pardonne vos doutes, Louise...
—Je pense bien que vous ne l’abandonnerez jamais, monsieur; mais cette certitude même ne peut me suffire; ce qu’il faut à mon enfant, ce n’est pas un père adoptif, mais bien un père légitime. Tant qu’il me restera une goutte de sang dans les veines, je défendrai les droits du pauvre orphelin à qui je vais donner la naissance. Il est à moi comme il est à vous, Gustave, et si vous l’oubliez, moi je m’en souviens: il faut que notre enfant soit légitimé avant ma mort.
Ces dernières paroles, Louise les avait prononcées d’une voix tremblante d’émotion. Elle venait de quitter son travail, et elle jetait sur Gustave des yeux pleins de trouble.
—Je ne vous comprends pas, dit Gustave...
Louise se leva avec tous les signes de la douleur.
—Vous ne me comprenez pas! criait-elle à travers ses sanglots; vous ne comprenez pas une mère qui ne veut pas que son enfant mendie, reçoive de la pitié ce qu’il peut exiger comme un droit! Le père de mon enfant ne comprend pas que je m’occupe de son avenir!... Ce que j’implore de vous, Gustave, ajouta-t-elle d’un ton moins exalté mais plus triste, qu’est-ce que cela me fait..... et qu’est-ce que cela vous fait à vous, puisque je mourrai en couches?..
—Modérez-vous, Louise, je vous proteste que cet enfant m’est aussi précieux qu’à vous-même.
—Prouvez-le-moi donc en le reconnaissant comme le vôtre.
—Aussitôt sa naissance, vous verrez...
—Que verrai-je? je n’y serai plus. Non, c’est maintenant...