—Mais comment reconnaître un enfant qui n’est pas né?

—... En épousant sa mère.

Elle ajouta:

—Vous ne répondez rien?

Gustave se tenait dans un profond silence. Il cherchait sans doute quelque expédient pour se tirer d’embarras, lorsque Louise reprit avec tranquillité:

—Je m’étais fait un devoir de ne plus vous parler de mon mariage... j’attendais. Docile aux raisons que vous m’aviez données, je dévorais ma honte en secret, espérant que tout ceci aurait une fin prochaine. A présent, la mort que j’entrevois a changé mes résolutions. Votre maîtresse, votre indigne maîtresse, je patientais; mère, et morte bientôt, ma faiblesse deviendrait un crime.

Puis en s’exaltant peu à peu:

—Mon enfant, c’est ma chair, c’est ma vie; je suis responsable de son sort devant Dieu! Si vous refusez ce que je vous demande dans l’intérêt seul de votre enfant, j’invoquerai la protection des lois, j’irai trouver votre père... car je sais où il demeure votre père; je vous ai suivi vingt fois dans sa maison, jusque dans l’escalier... j’irai le trouver, je me jetterai à ses genoux; je lui dirai que l’enfant que je porte est le vôtre, que je vais mourir...

—Vous irez trouvez mon père?

—Oui.