Gustave ne tarda pas à perdre le sang-froid dont il s’était armé devant Louise, en face du danger imprévu dont elle le menaçait. La surprise jointe à la colère, lorsque l’une et l’autre est extrême, donne souvent au visage d’un homme l’immobile apparence du calme: apparence de courte durée, que suit une explosion furieuse ou l’abattement de toutes les forces.

Si Gustave fût resté quelques minutes de plus auprès de Louise, elle eût été désabusée bien vite sur ce calme menteur qui vint éclater en tempête dans l’appartement du docteur Thévenot.

Gustave entra pâle, les traits en désordre. Aux paroles que lui adressa le docteur, il ne répondit long-temps que par des mots sans suite, entrecoupés de nombreuses imprécations. Il se frappait la tête du poing, il s’asseyait, il se levait, il criait, il pleurait même, tant sa colère était grande.

—C’est une malheureuse! docteur, une femme abominable, capable de tout! Si elle n’est pas folle, c’est la plus infâme des créatures. Vous savez comment je me conduis envers elle; il est impossible d’y mettre plus de procédés, de délicatesse... Eh bien! la misérable qu’elle est ne sait qu’imaginer pour me brûler le sang, pour me faire tourner la tête. Au moyen de cette idée fixe, qu’elle doit mourir en couches, elle veut me contraindre à l’épouser tout de suite. Comment donc! mais elle en est venue jusqu’aux menaces!.. Tout cela est une comédie atroce qu’elle joue pour me forcer au mariage. Croyez-moi, c’est une rusée coquine, qui n’a pas plus envie de mourir que vous et moi, et qui veut me convaincre de sa mort prochaine afin de m’arracher un consentement que je ne donnerai jamais. Je le vois maintenent, j’ai été la dupe d’une intrigante: elle veut se faire épouser, voilà tout. Vous figurez-vous bien qu’elle m’a menacé des tribunaux! L’insensée! est-il un tribunal au monde qui puisse me faire épouser une femme de son espèce!... J’aimerais mieux épouser une servante. Les tribunaux! Mais c’est incroyable, cela! Oser me menacer des tribunaux!..

—Elle dira que vous l’avez séduite...

—Comment! elle est femme à dire que c’est moi qui ai tué sa mère.

—Elle dira que vous l’avez séduite, reprit le docteur; mais il ne suffit pas de dire, il faut prouver.

—Je vis avec elle depuis un an, et, de plus, elle est enceinte.

—Qu’est-ce que cela fait? N’est-elle pas d’un âge à savoir se conduire?.. Je doute même qu’il y ait lieu à vous faire payer une amende... Si vous m’en croyez, vous lui laisserez quelques petites rentes pour vivre, et vous la planterez là, puisqu’il est impossible que vous restiez ensemble... Vous partirez pour la Suisse, pour l’Italie, n’importe: vous ferez un voyage: elle ne courra pas après vous.

—Mais, docteur, songez donc... elle est enceinte, près d’accoucher, la malheureuse! Sans cela, mon ami, mais, mon Dieu! je serais déjà à mille lieues d’elle!... C’est son enfant qui me retient.