—Ah! ah!
—Sans doute. Que deviendra cet enfant?
—Elle l’élèvera.
—Oh! que non.
—Folle à lier, je vous dis. Entre ses mains, quel sera le sort de mon enfant? car enfin, docteur, il est à moi comme à elle, et je dois en prendre soin.
—Des rentes, mon ami, des rentes; ils s’arrangeront tous deux avec cela. Parce qu’une femme est devenue enceinte, vous ne pouvez pas vous croire lié à elle pour la vie.
—Moi, non; mais elle, c’est différent. Vous ne lui ôteriez pas de la tête que cet enfant nous lie ensemble d’une chaîne que rien ne peut rompre... Tenez, docteur, je connais mieux que vous le caractère de cette femme. Mère par mon fait, elle me poursuivra de son enfant tout le temps que je vivrai. En quelque lieu que je sois, elle viendra m’apporter cet enfant, elle me le jettera sur les bras; elle me criera aux oreilles: Voilà ton fils, et je suis ta femme; reconnais-le et épouse-moi! C’est un cerveau malade, une imagination romanesque qui ne me laissera pas une minute de repos. Pour la fuir, il ne faudrait rien moins que quitter Paris, la France, m’expatrier en un mot!
—Vous vous exagérez...
—Rien du tout, docteur; elle remuera ciel et terre pour me trouver. Je ne sais que trop ce dont elle est capable. Si ce n’était pas cet enfant, oh! tout cela changerait de face. Mais c’est cet enfant, je vous le répète, qui la fera s’attacher à moi comme une furieuse, qui l’excitera à me chercher dans tous les coins de Paris, à me harceler, à me tourmenter sans relâche; car ce malheureux enfant, à ce qu’elle s’imagine, lui donne sur moi les droits d’une épouse... Concevez-vous l’horrible de ma position?