—Je conçois bien; mais comment faire?... Dans trois semaines, un mois au plus, ses couches...
Gustave l’interrompit d’un geste violent.
—Docteur, dit-il avec une voix altérée, mais qu’il essayait de rendre ferme, docteur, êtes-vous mon ami, et voulez-vous m’aider dans l’exécution d’un projet, le seul qui puisse m’arracher des mains de cette femme?...
—J’y consens, car je suis convaincu d’avance que vous ne me proposeriez rien de contraire à l’honneur.
Gustave balbutia quelques mots, puis l’assurance lui revint, et il ajouta:
—Ce projet n’est pas nouveau dans ma tête. Une folie, un caprice me le fit concevoir; je l’abandonnai comme je l’avais conçu, sans trop de raison: depuis je l’oubliai tout-à-fait, et lorsque par hasard il se représentait à mon esprit, je le rejetais comme un crime. En telle circonstance donnée, l’exécution d’un projet comme le mien est une scélératesse, une infâme lâcheté...
—Et c’est ce même projet?... interrompit le docteur.
—Le même. Il ne me serait pas venu il y a un an, que très-certainement ma position me l’inspirerait aujourd’hui, comme unique moyen de salut. Au reste, les circonstances ayant changé, ce qui eût été une mauvaise action autrefois peut devenir maintenant une chose juste et bonne. Mon bonheur, celui de trois personnes, dont une est mon enfant, me font un devoir, une nécessité de l’enlèvement que je médite. Vous serez deux dans le secret: vous et madame Lefebvre.
—Et qu’est-ce que cela peut être? demanda le docteur avec inquiétude...
Madame Lefebvre parut en ce moment. Louise l’avait envoyée à la recherche de Gustave; elle lui écrivait pour le prier de revenir près d’elle, de ne pas l’abandonner, de l’excuser... Elle finissait sa lettre par ces mots: «Gustave, pardonnez à une pauvre femme que le chagrin rend folle.»