—Bon docteur, lui dit-il, ce service est plus grand que vous ne croyez: vous me sauvez la vie. Ma position n’était pas tenable; pour en sortir, j’étais homme à me faire sauter la cervelle.
Dans la même journée, Gustave reçut encore deux lettres de Louise. La pauvre femme le conjurait d’oublier ses emportemens et de lui pardonner ses torts.
Suivant la résolution qu’il avait prise, Gustave ne la revit que le lendemain.
CHAPITRE XI.
Louise, blessée dans son amour autant que dans son amour-propre, mécontente d’elle-même et non moins mécontente de Gustave, à qui elle avait écrit trois lettres pour le supplier de se rendre tout de suite auprès d’elle; Louise, ne voyant arriver que le lendemain celui qu’elle attendait la veille, lui montra un visage presque sévère. Gustave ne fût pas venu ce jour-là même, que sans doute elle lui eût envoyé une quatrième lettre mouillée de ses larmes. Il vint; elle l’accueillit avec froideur. Gustave n’employa ni paroles caressantes ni baisers pour ranimer un amour capricieux dont il ne voulait plus. Il ne dit pas un mot sur leur entretien de la veille; il parla des choses les plus indifférentes du monde, en apparence. Il jeta en passant quelques réflexions sur le bonheur de certaines gens qui vivent ensemble sans se quereller. Il dit que ce bonheur n’était pas rare, car l’impossibilité d’une séparation devait amener des concessions mutuelles de part et d’autre. Il ajouta, d’un ton moitié léger, moitié grave, que pour lui il était décidé à vivre désormais tranquille, même au milieu des plus vifs tourmens. Il se plaignit de n’avoir pu vaincre jusqu’à cette heure les transports de son esprit. Il assura que dans ce monde chacun est l’artisan de sa bonne ou mauvaise fortune. Il laissa entrevoir que, pour l’homme qui sait maîtriser ses passions, qui les plie aux nécessités d’une vie paisible et commune, il est encore quelques chances d’être heureux. Il finit par une boutade contre le mariage, mal inévitable, auquel les femmes nous excitent par les promesses d’une félicité menteuse d’abord, mais véritable ensuite, si l’homme cherche cette félicité là où elle peut être: dans la paternité seule.
Louise écoutait, tantôt inquiète, tantôt rassurée; mais le calme de son cœur fut complet lorsqu’elle entendit cette dernière phrase. Gustave comprenait donc qu’entre elle et lui, tout malheureux qu’ils étaient ensemble, un enfant devait être un lien d’amour et de bonheur indissoluble.
Gustave, qui la vit le regarder avec tendresse, se hâta d’arrêter les avant-coureurs d’une réconciliation tout à la fois inutile et impossible; inutile, car sa volonté de quitter Louise était inébranlable; impossible, car tout rapprochement entre eux amenait à sa suite des larmes, des reproches, une dispute nouvelle.
Il parla, comme sans dessein, par inadvertance, d’une soirée où il avait été la veille, soirée charmante que des femmes...