Gustave porta la main à ses yeux pour essuyer une larme.
Il va venir, calmez-vous
Dès avant les couches, le docteur avait eu grand’peine à obtenir de Louise qu’elle ne nourrît pas. Enfin elle avait cédé, persuadée que son état habituellement maladif ne pouvait être que nuisible à la santé de son enfant.
Il avait été convenu d’abord entre Gustave, madame Lefebvre et le docteur, que l’enfant, immédiatement emmené par sa nourrice, passerait pour être mort en route. Cette nouvelle, on l’annoncerait à la mère avec tous les ménagemens possibles. Mais la chute qui avait précédé et amené les couches de Louise leur parut un moyen plus naturel et plus prompt de se tirer d’affaire: l’enfant devait être mort en naissant. Ils s’arrêtèrent à cette idée.
Toutefois il fallait, dans un cas comme dans l’autre, préparer Louise à cette mort, la consoler de mensonges, sauf à lui confesser plus tard que tous ces mensonges avaient été faits dans la louable intention de ne pas la frapper d’une douleur que sa position eût rendue périlleuse pour sa vie.
Au nombre de ces mensonges qu’on avouerait plus tard, devait figurer le départ immédiat de la nourrice. Louise sans doute, un quart d’heure ou une demi-heure après l’enfantement, demanderait à voir sa fille; et à cette nouvelle que sa fille était partie avec la nourrice, elle ne manquerait pas de se répandre en cris de désespoir. Mais le docteur comptait l’apaiser par cette réponse: Madame, si on vous eût laissé embrasser votre enfant, vous eussiez voulu le garder et le nourrir; et cependant la séparation était urgente. J’en use ainsi avec toutes les mères qui n’allaitent pas: elles ne voient leur enfant que trois semaines ou un mois après leurs couches.
De retour rue du Colombier, le docteur trouva Louise dans un état d’inquiétude difficile à décrire.
Grand Dieu! dit-elle, monsieur Thévenot, d’où venez-vous? N’y a-t-il plus personne dans cette maison?... Je n’entends ni Gustave ni ma fille...
—Gustave et la nourrice sont allés la porter à son grand-père.