—La pauvre fille! murmura piteusement la femme de chambre. Si elle était restée avec moi, si elle n’avait pas écouté cette Valery, elle serait moins malheureuse, elle aurait plus d’argent qu’elle ne paraît en avoir, et moi j’aurais fait de meilleures affaires. Cependant, pensa-t-elle, au cas où M. Gustave serait à Paris, je ne veux pas perdre l’occasion de lui dire que son ancienne maîtresse est revenue et qu’elle est misérable. Il fera quelque chose pour elle, s’il en a envie; mais pour moi je suis bien certaine qu’il ne m’oubliera pas. C’est un service que je lui rends: il se tiendra sur ses gardes. Comme il disait: Cette femme-là est capable de tout.
Laissons madame Lefebvre allant s’informer si Gustave est à Paris ou à la campagne, en Angleterre ou en Suisse, et suivons Louise autant que la rapidité de sa course nous le permet.
Elle longe la rue du faubourg Montmartre, traverse les boulevards, la rue Vivienne, le Palais-Royal, et se dirige vers les quais.
La voilà parvenue sur le quai du Louvre. Il fait un soleil doux. La foule des promeneurs est grande. A mesure qu’elle approche du bord de l’eau, son pas devient lent, son courage faiblit: elle regarde timidement par-dessus le parapet, comme pour mesurer la hauteur de sa chute. Des enfans sont là qui jouent sous le pont; des bateliers suivent le courant. Elle détourne la tête et aperçoit différentes personnes qui se sont arrêtées près d’elle et qui l’examinent.
Elle s’éloigne du parapet et se dit:
—Je reviendrai ce soir, à la nuit. On ne me verra pas et j’aurai peut-être plus de courage.
En marchant au hasard, elle est arrivée en face du Pont-Royal, vis-à-vis de la grille des Tuileries. Elle a été près d’entrer dans le jardin; mais à la vue de tout ce monde qui est là, joyeux, et qui se promène, Louise continue sa marche tout le long du quai devenu plus solitaire.
Elle a passé la place Louis XVI, et bientôt elle se glisse sous les arbres sombres des Champs-Élysées.
Une allée lui paraît plus sombre encore que les autres: c’est celle-là qu’elle choisit. Quelques rares piétons la rencontrent; les uns l’accostent et lui sourient; les autres l’accueillent d’un geste effronté. Elle fuit de sentiers en sentiers, se jette au milieu de la foule, se rejette dans la solitude, perd son chemin et le retrouve à peine parmi ce labyrinthe d’allées désertes ou passantes.
Voilà plusieurs heures qu’elle marche. Le jour commence à baisser.