—Six ans! répète Louise en la regardant avec amour et douleur.
Elle a passé ses bras autour du cou de la petite fille, elle lui baise les yeux, elle roule dans ses doigts les soyeux anneaux de sa blonde chevelure.
—Six ans! répète-t-elle, ce serait l’âge de la mienne...
Et des larmes de tristesse lui viennent en pensant à l’heureuse mère de cette enfant.
Elle continuait à se tenir penchée sur la petite fille indifférente à ses caresses, impatiente même de quitter Louise, et de reprendre sa volée avec sa badine et son cerceau. Mais plus l’enfant témoignait l’envie de s’en aller, plus Louise la pressait contre elle. A la fin, surprise et honteuse de la retenir presque par violence, Louise ouvrait lentement ses bras pour lui donner passage, lorsque en relevant la tête elle aperçut un homme à ses côtés. Il tenait dans sa main la main de la petite fille, qu’il attirait doucement à lui.
Cet homme sourit à Louise comme ferait un père dont on vient de caresser l’enfant; mais tout à coup ses lèvres, qui souriaient, tremblèrent, et il détourna son visage pâle de stupeur.
Louise, qui était encore à demi accroupie, se dressa d’un bond.
—Ah!... cria-t-elle.
Cette exclamation fut suivie d’un long silence et d’une immobilité complète; cependant la petite fille et l’homme s’éloignaient avec vitesse. Louise poussa de nouveau des sons étouffés et se mit à courir. Elle rejoignit l’homme et l’enfant au moment où l’un et l’autre quittaient l’ombre du bois pour passer sur la chaussée. Là, une voiture les attendait sans doute, car ils n’eurent pas plus tôt paru qu’un domestique s’empressa d’abattre le marchepied devant eux.
Louise, avec ses deux mains, saisit l’homme par les basques de son habit.