D’abord le costume sévère et la mine froide des avocats lui imposèrent de la crainte. Elle les regardait tous les uns après les autres, surprise de son peu de hardiesse, surprise aussi qu’aucun d’eux ne devinât, pour ainsi dire, quelle était sa peine, et n’accourût lui offrir généreusement ses services.

Lasse de regarder et de se promener inutilement sous les galeries, elle entra dans la vaste salle des Pas-Perdus, décidée cette fois à demander justice. Pour se donner de la force, elle se représenta, par la pensée, sa fille lui tendant les mains, l’appelant sa mère, tandis que Gustave fuyait avec l’enfant....

Il ne fallut rien moins que cette image pour lui remettre quelque hardiesse au cœur; car, seule parmi tous ces hommes vêtus de noir, elle hésitait à parler....

Un vieillard en robe se promenait rêveur dans un coin de la salle. Elle courut à ce vieillard.

—Monsieur, lui dit-elle, j’ai une fille....

Le vieil avocat l’interrompit.

—Je ne donne pas mes consultations ici, madame. Je n’ai pas le temps de vous entendre. Venez me trouver demain dans mon cabinet. Vous voyez bien que je vais plaider devant la Cour.

Cela dit, le vieil avocat poussa une porte derrière laquelle il disparut.

Louise, anéantie, remontait lentement la salle, lorsqu’un autre homme noir, plus jeune que le premier, lui dit avec douceur:

—Vous cherchez quelqu’un pour vous défendre, madame?