L’avocat l’affermit dans ce projet, en lui disant qu’au pis-aller les lois lui pourraient être de quelque secours,—mais, ajouta-t-il, d’un secours si douteux, madame, que je vous conseille de tenter un arrangement à l’amiable. Vous êtes plus certaine de réussir par la douceur que par la violence; plus certaine aussi de réussir par la peur que vous lui ferez de la justice, que par l’arrêt que prononcerait la justice elle-même.

Il l’engagea très-fortement à lui venir rendre compte, le lendemain, du succès de sa démarche, et Louise le quitta après l’avoir remercié de bouche, mais non de cœur: car dans les paroles de cet avocat elle n’avait puisé ni plus de confiance, ni plus de courage; loin de là peut-être. Le corps débile et l’ame abattue, elle eut grand’peine à se traîner jusqu’à la porte de M. Charrière. Une femme, la portière sans doute, était dans la loge lorsque Louise y entra toute tremblante.

—M. Charrière demeure-t-il toujours ici, madame?

La portière répondit froidement:

—Si c’est M. Charrière père que vous demandez, il est mort depuis sept mois; si c’est le fils, il ne demeure pas dans cette maison.

—Mort! répéta Louise avec stupeur. Il est mort! et son fils?...

—Je vous dis qu’il ne demeure pas ici... D’ailleurs, il est parti ce matin avec sa demoiselle pour la campagne.

—Partir!... Et ils reviendront?...

—Oh! ma foi, je n’en sais rien, moi: je ne suis pas sa portière. Adressez-vous où il demeure, dans la maison en face: elle lui appartient.

—Son père mort, et lui parti avec mon enfant! murmura Louise... Je n’ai plus d’espoir qu’en Dieu!