«A M. Gustave Charrière, au château de Baroy, par Landrecies (Nord).»
—Ah! mon Dieu! s’écria-t-elle.
Le domestique, qui alors la tirait par le bras, et non sans résistance de la part de Louise, crut qu’il l’avait blessée; et prenant un ton plus doux:
—Sortez de bonne volonté, je ne vous ferai pas de mal.
Elle ne se le fit pas redire, et cette fois elle s’élança vers la rue.
Le concierge et plusieurs gens de l’hôtel étaient accourus à ce débat.
—Vous voyez bien cette femme, dit le domestique en la désignant du doigt; si jamais elle se présente ici, chassez-la comme une coquine: c’est une voleuse ou une folle.
Dans un jour moins agité, moins plein de sa fille, les injures du valet eussent fait une douloureuse impression sur le cœur de la pauvre mère; mais, à cette heure, que lui importait d’être insultée, battue même? Elle savait en quel lieu Gustave avait emmené son enfant!... et insensible à tout ce qui se passait autour d’elle, elle répétait tout bas, avec ardeur, et comme si elle eût craint de ne plus s’en ressouvenir: «Le château de Baroy, par Landrecies (Nord).»
Tout le long de la rue, qu’elle descendait précipitamment, elle n’eut que des pensées de bonheur. Plus loin, l’inquiétude la prit: comment aller là? qui lui indiquera son chemin? qui donc, dans le fond de cette province où elle ne connaît personne, la défendra contre Gustave, si Gustave refuse de lui rendre sa fille?
Elle pensa que le jeune avocat, dont elle avait éprouvé la bienveillance au Palais de Justice, l’aiderait une seconde fois de ses conseils. Elle chercha le bout de papier sur quoi il lui avait écrit son adresse; mais ce papier, elle ne le trouva point: il était perdu. Peut-être lui était-il échappé pendant sa lutte avec le domestique.