—Merci, dit Louise, merci, mes braves gens!... Mais, par où m’en aller?
—Par le Favril; attendez, je vais vous mettre dans votre chemin.
L’enfant se leva sans jeter un seul coup d’œil sur Louise, sans avoir l’air de se douter qu’il lui rendît service. Il la précéda d’un pas tranquille, pendant l’espace d’un demi-quart de lieue.
—Maintenant, lui dit-il en s’arrêtant, vous allez prendre ce sentier; au bout, vous trouverez une cache; après cela, vous suivrez les pâtures, toujours tout droit, il n’y a pas moyen de se tromper.
Louise, habituée à ne pas quitter la grande route, laissa voir à l’enfant qu’elle craignait de s’égarer.
—Puisque c’est comme ça, lui dit-il, je vais vous conduire jusqu’au Favril.
Les excellentes gens que ces Flamands! pensait Louise, en marchant à côté de son jeune conducteur; leur bon accueil m’est d’un heureux augure pour le succès de mon voyage! Et puis, ajouta-t-elle tout bas et les larmes aux yeux, Dieu, sans doute, laisse éclater ses desseins dans le choix de mon guide; c’est un enfant qu’il me donne pour me conduire à la recherche de ma fille!
Tout près du Favril, avant de continuer seule le reste de sa route, Louise embrassa le petit garçon, fort étonné de cette vive étreinte, et plus surpris encore de sentir la main de Louise qui glissait dans la sienne quelques gros sous.
Il porta le poing à son bonnet de laine bigarrée, et, après ce geste incomplet de politesse, il quitta, sans mot dire, celle qu’il avait prise jusque-là pour une pauvre mendiante.
La partie de la Flandre, où Louise se trouvait alors, est coupée par d’innombrables prairies ouvertes au piéton en hiver, fermées en été. Dans cette dernière saison, le passage des prairies ou pâtures est abandonné pour les sentiers qui les côtoient; sentiers boueux, ombreux, bordés de haies odorantes qui se rejoignent par le faîte, et que les Flamands nomment des caches, sans doute parce que ce sont autant d’étroites et sombres voûtes que l’œil et le soleil ne peuvent percer.