Louise, qui suivait depuis plus d’une heure le chemin mystérieux et parfumé des caches, avait hâte d’arriver en pleine campagne; car il ne lui semblait pas qu’au terme de ces allées, elle dût jamais rencontrer un village. Elle cherchait une issue, quand, à sa grande joie, elle reconnut qu’elle était au sein même d’un lieu habité qu’elle longeait alors sans le savoir.
Quelques jeunes paysannes, coquettement vêtues et coiffées en cheveux, se livraient devant la porte d’une ferme aux travaux les plus grossiers de la campagne. Louise s’approcha d’elles avec timidité.
—Pouvez-vous me dire, mesdemoiselles, la route du château de Baroy?
Les jeunes Flamandes se regardèrent, comme pour s’assurer si quelqu’une d’entre elles ne savait pas où est ce château. Du moins Louise en jugea ainsi, et leur silence à sa question la confirma dans l’idée que ce château leur était inconnu.
—Mais, ajouta-t-elle, n’y a-t-il personne dans ce village qui puisse me dire où est situé Baroy?
Les taciturnes Flamandes reprirent leur besogne sans répondre. A la fin Louise entendit l’une d’elles qui disait à ses compagnes:
—Elle le sait aussi bien que nous où est le château de Baroy.
—Comment ne le saurait-elle pas, répondit une autre, puisque la voilà justement sur le chemin!
Louise, satisfaite de ce renseignement, reprit courage. Quelques champs passés, elle chemina, d’un pied leste, à travers un petit bois tapissé de verdure, au bout duquel se montra un frais hameau tout parfumé de prairies, de haies en fleurs et d’arbres fruitiers. C’était le Rétiau, où depuis elle revint bien souvent, attirée par l’accueil hospitalier des bons cultivateurs. Pour l’instant, nul intérêt possible ne la retenait là: elle n’y voyait pas de château. Elle continua donc d’aller droit devant elle. Après une petite lieue de marche à travers la campagne la plus riche et la plus suave qui soit en Flandre, Louise, dépassant Fontenelle, entra dans le village de Floyon. Quoiqu’elle n’aperçût pas de château, elle pensa que les arbres le cachaient. Elle crut être à Baroy. Cette erreur la fit s’arrêter à la première maison du village. C’était une auberge. Plusieurs hommes fumaient et buvaient dans une salle fort propre et en apparence sablée. La vue de ces hommes la déconcerta un peu; elle chercha des yeux si quelque femme ne viendrait pas à son secours: elle n’en découvrit aucune. L’aubergiste, qui buvait à une table, la voyant s’approcher d’une fenêtre, d’où elle regardait dans la cour, se leva, et planta tranquillement devant elle, sur le bord de la fenêtre, une mesure de bière et un verre. Après quoi il retourna prendre place à côté des buveurs, ses amis.
Louise se versa à boire, moins parce qu’elle avait soif, que pour ôter au cabaretier tout prétexte de la mettre dehors. Elle espérait sans cesse voir arriver la maîtresse de l’auberge, à qui du moins elle pourrait adresser quelques adroites questions sur Gustave, sa fille, le château. D’ailleurs, il lui fallait un asile, et mieux valait encore cette maison que toute autre: celle-ci, la première du village, isolée même des habitations, lui paraissait un abri sûr, un lieu où elle pourrait aisément éviter les regards de Gustave et des domestiques, jusqu’à ce qu’elle trouvât un instant favorable pour s’emparer de sa fille.