Il reprit haut:
—Est-ce que vous n’allez pas à la ducasse d’Étrœung, vous?
—Je ne vous comprends pas, répondit Louise avec trouble.
—Innocente! se dit le jardinier en hochant la tête.
Sur quelques réponses de Louise aux questions nouvelles qu’il lui fit, le jardinier jugea que la pauvre femme joignait à une innocence complète la plus complète absence de mémoire. A force de lui répéter les mots ducasse et Étrœung, il crut pouvoir la redresser dans son bon sens. A la fin Louise comprit qu’Étrœung était le nom d’un village ou bourg voisin, et que ducasse signifiait apport, fête patronale. Une fois cette connaissance acquise, elle demanda combien de jours durait la fête.
—Trois jours, dit le jardinier, mais tout notre monde reviendra demain soir, j’espère.
Louise s’alarma de penser qu’il lui faudrait rester près de deux jours sans voir son enfant, et, tourmentée de cette crainte, elle pria son hôte de la mettre promptement sur le chemin d’Étrœung. Il y consentit, mais seulement après avoir exigé de Louise qu’elle prît un peu de nourriture. Cela fait, il lui indiqua le chemin à suivre, précisément du côté opposé à la porte par où elle était entrée dans le château.
Elle reconnut alors que, pendant qu’elle descendait le bois sur la gauche, sa fille et ses compagnons de plaisir tournaient le bois à droite, et fuyaient en carriole sur la grande route.
Arrivée en plaine, Louise s’imagina voir la carriole qui roulait tout au loin, et elle se mit à courir.
—Pauvre innocente! répéta le jardinier.