Sa fille, qu’un petit garçon tenait par la main, vint reprendre place et s’asseoir entre deux femmes, une jeune et une vieille, celle-ci la mère, celle-là la femme du jardinier du château.

Toutes deux, chacune à leur tour, déposèrent un baiser sur le front de l’enfant, qui leur sourit avec joie. Louise, heureuse de voir caresser son enfant, malheureuse de ne pas le caresser, ouvrait les lèvres et les agitait, en les poussant vers sa fille...

Dans ce baiser factice, elle ne recueillit que de grosses larmes, qui lui coulèrent des yeux dans la bouche...

Le bal recommença. La joyeuse enfant se leva de nouveau pour danser. Louise courut au-devant d’elle pour toucher sa robe ou sa main en passant... mais elle ne le put, emportée par la foule. Les bancs s’étaient dégarnis de jeunes filles. La vieille et la jeune femme du château restaient à leur place, et tout le long d’elles était un grand espace vide. Louise se glissa de ce côté et s’assit à la gauche de la plus jeune gardienne de son enfant.

Les violons criaient depuis environ cinq minutes; la danse était animée et bruyante.

—Regardez donc la jolie petite fille, madame... dit Louise à sa voisine.

La voix de Louise était à demi étouffée par l’émotion.

—Laquelle? demanda vivement la femme du jardinier.

—Celle qui est si jolie, là-bas..... dit Louise, qui ne trouvait pas alors d’autre expression pour désigner son enfant.

—Ah! celle qui a des brodequins rouges?