—Oui, celle qui a une si jolie figure, madame.
—Eh bien! c’est ma fille, répondit la jeune femme.
—Votre fille!... répéta Louise dont tout le sang se glaça d’effroi.
—Sans doute, ma fille.
—Celle qui a des cheveux blonds bouclés, une robe lilas, une écharpe rose et un petit mouchoir brodé à la main?
—Justement; celle qui a la robe lilas, l’écharpe rose... la plus belle du bal enfin, c’est celle-là qui est ma fille.
Louise fit un haut-le-corps, un feu brûlant lui monta à la poitrine, ses joues pâles se colorèrent aux pommettes, ses yeux devinrent brillans et fixes; elle n’osait plus penser, il lui sembla que toute sa vie n’était qu’un rêve horrible.
—Sa fille! murmura-t-elle avec un son de voix sourd et plaintif.
—Eh bien! oui, qu’est-ce que vous trouvez donc d’étonnant à cela? demanda la jeune femme, en se tournant pour la première fois du côté de Louise; parce que c’est l’enfant de notre seigneur[1], est-ce que vous vous imaginez que je ne peux pas bien l’appeler ma fille? le seigneur n’y voit pas de mal, au contraire. Tiens, quand on a gardé un enfant cinq ans, et qu’on l’a nourri.....
[1] Le mot seigneur appliqué aux propriétaires de petits castels est encore en usage parmi quelques paysans et fermiers de la Flandre française.