Il était temps pour Louise que cette explication vînt, car déjà sa tête s’égarait; mais aux dernières paroles de la nourrice de sa fille, son cœur se dilata, sa vue s’éclaircit, ses idées devinrent plus nettes. Elle regardait la jeune femme avec amour.
—C’est vous qui l’avez nourrie, madame?.. Ah! que vous êtes heureuse!
La femme du jardinier ne répondit rien: elle parlait bas à sa belle-mère, qui disait en penchant la tête et en regardant Louise de travers:
—Quand on vient dans un bal, on se costume mieux que ça, et on ne fait pas d’avanie au monde.
—Mais elle ne m’a pas dit de malhonnêtetés, ma mère, répondit la femme du jardinier.
—C’est égal, Léocadie, on ne se présente pas à une danse quand on n’a pas de souliers à mettre. Si on veut absolument danser, eh bien! on danse dans la rue ou dans la pâture.
Louise ne savait trop comment renouer la conversation avec la nourrice de sa fille, quoiqu’elle eût le plus vif désir d’ôter à cette femme tout sujet d’étonnement et de plainte, en lui expliquant, d’une manière à peu près naturelle, les diverses exclamations qui lui étaient échappées.
La nourrice, ou mieux, pour l’appeler par son nom de demoiselle, Léocadie venait de se ranger un peu du côté de sa belle-mère, qui continuait à murmurer contre Louise, tandis que celle-ci, se rapprochant timidement de sa voisine, lui dit bien bas:
—Madame, pardonnez-moi; ma pauvre tête est malade. J’ai un enfant, je craignais de l’avoir perdu... Je ne l’ai embrassé qu’une fois dans ma vie... je ne l’ai pas nourri... Et voilà pourquoi je vous disais tout à l’heure que vous êtes bien heureuse, vous qui avez nourri votre... cette jolie petite fille!... Je suis mère, madame, et je n’ai pas mon enfant... Pardonnez-moi.
—Qu’est-ce qu’elle te dit donc encore? demanda la vieille femme.