—Elle me dit qu’elle a perdu son enfant, répondit Léocadie avec bonté. Pauvre malheureuse!
—Quand on a perdu son enfant, répliqua la vieille avec humeur, on ne vient pas dans un bal, surtout si on n’a pas d’habits propres. Je n’ai jamais vu ça de ma vie.
Léocadie, qui avait été flattée des éloges donnés par Louise à sa fille, et qui, en outre, avait eu le malheur de perdre deux de ses enfans, à quelques mois de distance, se sentit touchée de pitié, et, malgré les coups de genou significatifs que lui donnait sa belle-mère, elle se tourna un peu vers Louise, à qui elle dit:
—Vous la trouvez donc bien jolie, ma fille?
—Oh! charmante, soupira Louise; je ne suis entrée ici que pour elle, pour la voir; elle me rappelle la mienne... mon enfant aurait son âge et sa beauté...
La contredanse finit. Danseurs et danseuses accouraient pour s’asseoir; Louise vit l’instant où il lui faudrait quitter son banc. Elle ne pouvait s’y résoudre, car sa fille venait droit à elle...
Elle se pencha à l’oreille de Léocadie.
—Voulez-vous me permettre de l’embrasser, madame?...
—Si ça vous fait plaisir, je ne demande pas mieux, répondit la nourrice.
Louise ouvrait les bras, mais son enfant, qui n’avait pas même fait attention à ce geste, reprit vivement sa place entre les deux femmes du château.