—Tiens, ma fille, dit Léocadie, voilà une pauvre femme qui te demande la permission de t’embrasser. Veux-tu?

Louise s’était levée, le corps tremblant, les bras étendus... L’enfant, soit vague souvenir des traits de Louise, soit dégoût des misérables vêtemens dont elle était à peine couverte, fit une petite mine maussade, et murmura:

—Non, maman; je ne veux pas embrasser cette pauvresse... Si elle a besoin de quelque chose, je vais lui donner un sou; mais l’embrasser... pourquoi faire?

—Otez-vous donc de là, la femme! dirent quelques jeunes garçons en poussant Louise.

—Faites-la sortir du bal! s’écria la vieille belle-mère de Léocadie; ce n’est pas ici sa place.

Louise, jetée de côté et d’autre par de lourds walseurs, se trouvait alors lancée près de la porte. Elle s’enfuyait pour cacher son désespoir à tous les regards, lorsque sa fille, entraînée par Léocadie, la rejoignit dans la rue.

—Eh bien! embrassez-moi donc, lui dit l’enfant en lui tendant sa joue.

La petite fille était rouge de honte. Louise jeta sur elle des yeux pleins de tristesse.

—Si vous m’embrassez, c’est parce qu’on vous l’ordonne?... Non, quand vous m’aimerez...

La nourrice la regardait avec compassion, sa fille avec étonnement. Elle eut peur d’en avoir trop dit, quoique l’altération de son visage en dit plus encore... et elle s’éloigna bien vite.