—Mon Dieu! mon Dieu! s’écriait Louise en s’enfonçant dans les rues les plus désertes du bourg, elle me méconnaît, elle ne m’aime pas, et c’est à une autre qu’elle donne le nom de mère!
Peu de temps après, elle se repentit de n’avoir pas embrassé sa fille; elle s’en étonna surtout, ne comprenant pas qui lui avait donné cet horrible courage. Elle s’accusa de folie, et, dans la crainte que sa fille ne quittât promptement le bal et qu’il lui fût difficile de la retrouver, elle se dépêcha de revenir à la salle de danse. Ce ne fut pas sans peine qu’elle put reconnaître, parmi tous les cabarets du bourg, celui où elle avait laissé son enfant. Elle regarda du dehors à travers les vitres, puis elle se glissa près de la porte, puis elle entra dans le bal... Sa fille n’y était plus.
Léocadie et sa belle-mère l’avaient emmenée chez monsieur le mayeur, où ils dînaient tous. Si Louise avait su cela, il lui eût été facile de s’introduire dans la maison du maire, d’y voir sa fille à la faveur de l’hospitalité des jours de ducasse; mais, faute de savoir précisément où était son enfant, elle dépensa en d’inutiles recherches un temps qu’elle eût employé si bien au profit de son bonheur.
Mais il était possible que les habitans du château de Baroy se rendissent à la prairie, où elle avait vu des danses, à son arrivée dans le bourg. Cette espérance la fit se diriger de ce côté. Il était déjà tard.
Louise ne vit personne sur la pelouse, si vivante, si bruyante tantôt. Elle s’assit au bord du chemin en se disant:
—Du moins, lorsqu’elle s’en ira, je la verrai passer.
La soirée était calme, chaude; la nuit fut douce. Louise resta là toute la nuit.
Réveillée de bonne heure par la faim, elle trouva sur sa robe une dizaine de sous dont elle était redevable à la pitié de quelques passans. Elle remercia Dieu de ce bien, qu’elle prit sans honte cette fois, car elle n’avait pas vu la main qui lui en avait fait aumône. Elle se traîna vers le bourg, mais sans quitter la rue qui aboutit à la grande route.
Déjà plusieurs portes étaient ouvertes. Quelques marchands étendaient leurs boutiques en plein air; de petits garçons à moitié vêtus se montraient aux fenêtres. Louise cherchait un boulanger. En promenant ses yeux de toutes parts, un objet la frappa, à cause de la circonstance que je vais dire.
Sa fille, dans le bal, avait perdu une de ses boucles d’oreilles, et elle s’en était désolée un moment, pendant que Louise était encore là; cet accident, au reste, avait eu lieu avant que Louise ne parût à la danse.