Parmi les objets de peu de valeur, épars sur la boutique portative d’un marchand de verroterie, la pauvre mère aperçut cette boucle seule, dépareillée, et elle crut la reconnaître pour être le pendant de celle dont sa fille avait si fort déploré la perte.
Elle s’approcha du marchand.
—Combien vendez-vous cette boucle?
Le marchand prit un air fin:—Ah! ce que je la vends? ça dépend de ce qu’elle vaut. Si c’est de l’or, quatre francs; si c’est du chrysocale, dix sous. Ainsi, ma brave femme, avez-vous quatre francs? je vous la donne.
—Mais, répliqua Louise en rougissant (car elle faisait presque sciemment un mensonge), cette boucle n’est pas en or...
—Je ne m’y connais pas trop, à vous dire vrai. Un petit garçon me la vendit hier au soir.... Il l’avait trouvée, et ma foi!... Allons, je vous la vends dix sous.
Louise sollicitait une diminution de prix dans l’espoir qu’il lui resterait quelque chose pour acheter du pain; mais le marchand s’en tint invariablement à la somme fixée. Elle abandonna le peu d’argent qu’elle possédait. Puis, s’excitant à pleurer de joie pour faire taire les douleurs de la faim, couvrant de baisers cette petite boucle qui avait touché les joues de sa fille, riche de ce seul trésor, elle remonta la rue avec la pensée d’aller s’asseoir de nouveau sur la route, par où devait s’en retourner son enfant.
Mais son courage était plus grand que ses forces; elle sentit la tête qui lui tournait, ses jambes qui fuyaient sous elle, et, de peur de tomber, elle s’appuya rudement contre une porte qui s’ouvrit...
—Entrez! lui dit une voix, entrez et mangez, la femme: il y en a ici pour tout le monde.
Dans les villages de cette partie de la Flandre, durant les ducasses, une table, chargée de mets, reste dressée trois jours de suite. Des jambons, de lourdes pâtisseries, des viandes froides s’offrent sans relâche à l’appétit des convives dont l’estomac se repose à peine la nuit.