—De l’argent! s’écria la vieille belle-mère; et Jésus mon Dieu! qu’est-ce que vous ferez de votre argent?
—Ce qu’elle voudra, ma mère, ce qu’elle voudra; il faut contenter cette pauvre innocente.
Ce mot produisit sur la vieille flamande un effet presque magique.
—C’est vrai, dit-elle, je n’y pensais plus; il ne faut pas la contrarier, cette innocente; mais au moins, si on lui donne de l’argent, est-il juste qu’elle le gagne par son travail.
—Soyez sûre que je le gagnerai, dit Louise.
La nuit suivante, elle dormit quelques heures sur une chaise, près du lit de son enfant, et les heures passées sans sommeil, elle les utilisa à travailler pour ses hôtes. Le jour, elle quitta le château et s’en alla mendier quelques sous à travers la campagne.
Toutes les nuits et tous les jours elle continua ce fatigant métier. Le château était le centre de ses excursions. A diverses heures de la journée, elle venait y embrasser sa fille, ou y prendre un peu de nourriture; car aux passans, elle ne demandait pas du pain, mais un sou.
Les habitans du château la laissaient faire, bien que ses nouvelles habitudes de mendicité leur fussent pénibles, à eux chez qui elle logeait.
Nous avons vu que Léocadie lui avait offert de suppléer à ses vêtemens en lambeaux par quelques hardes un peu plus convenables; cette proposition, Louise l’accueillit avec joie, puis après elle ne l’accepta point sans réserve; elle craignit que d’être trop bien mise ne détournât d’elle les regards du riche; elle eut peur de faire diminuer les aumônes, et malgré toute l’envie qu’elle aurait eu de se vêtir avec propreté, avec élégance même, elle rejeta les offres de Léocadie, quant aux robes, qui, pour la plupart étaient de soie; elle lui demanda seulement quelques autres objets de toilette, mais vieux, mais usés. Les plus méchans lui servaient à solliciter la pitié des gens de la campagne; les moins mauvais elle les gardait pour briller au château.
Aux yeux d’autres personnes que les habitans de Baroy, il eût été remarquable que Louise, près de sa fille, arrangeait ses haillons avec une sorte de coquetterie; tantôt, c’était un schall troué dont elle cachait soigneusement les déchirures; un bonnet dont elle venait de relever elle-même les tuyaux, et dont elle laissait flotter les rubans avec grâce; tantôt, elle accommodait artistement sa coiffure ou bien elle arrondissait l’extrémité brillante de ses ongles.