—Cela t’étonne, n’est-il pas vrai? Tu aurais tout quitté pour suivre ta mère, toi?
—Oui, tout le monde, excepté mon papa.
—Ton papa, Julie, pense donc qu’il te laisse ici toute seule, qu’il t’y a laissée cinq ans, qu’il t’oublie, qu’il ne prend pas soin de toi; au lieu que ta mère...
Louise s’arrêta effrayée. Son secret était près de lui échapper: elle garda un long silence... mais son cœur était plein de bonheur. Elle pensa que sa chère enfant, préparée doucement à ce qu’elle voulait lui apprendre, le jour d’une entière confidence venu, n’hésiterait pas de croire qu’elle fût sa mère; et qu’alors, au moyen d’un conte adroitement ménagé, sous prétexte qu’elles allaient rejoindre Gustave, il serait possible de lui faire quitter le château. Toutes les combinaisons qui devaient amener ce résultat n’étaient pas encore bien nettement arrêtées dans l’esprit de Louise, mais enfin elle espérait assez en la force de son amour, en l’aide de Dieu; elle connaissait assez le bon naturel de sa fille, pour être maintenant à peu près certaine de la réussite.
Elle s’éloigna donc avec la presque assurance de voir bientôt finir tous ses malheurs.
Elle marchait depuis une demi-journée, tendant la main à toutes les portes, et assez satisfaite du produit de ses quêtes. Déjà elle songeait à reprendre le chemin du château d’où elle était éloignée d’environ quatre lieues. Un sentier étroit serpentait devant elle, sur la lisière d’une forêt. Elle suivait ce sentier, haletante de lassitude et de chaleur; un homme l’aborda, c’était un garde-champêtre.
—Où allez-vous?
—Je cherche mon pain, répondit Louise avec une sorte de crainte.
—Est-ce que vous êtes de ce pays-ci?
—Non, monsieur.