—Rien, rien, monsieur; je n’ai rien vu... ils ne me l’ont montrée ni vivante ni morte!
Le vieillard fit une exclamation de doute.
Louise répéta d’une voix désespérée: ni vivante ni morte!
Après quoi elle s’éloigna rapidement. Le vieillard la suivit long-temps des yeux. Elle courait d’un bout du cimetière à l’autre, et elle cherchait en pleurant parmi les tombes.
. . . . . . . . .
A cette époque, Louise occupait une petite chambre, au quatrième étage, dans la rue des Fossés-Saint-Victor. Dire comment elle était tombée là, nous l’ignorons; depuis quel temps, nous l’ignorons de même. Tout ce qu’il nous a été possible de découvrir, c’est que Louise habitait la rue des Fossés-Saint-Victor, lorsque nous l’avons retrouvée, demandant sa fille à tous les tombeaux du Père-Lachaise.
En quittant le cimetière, Louise, au lieu de rentrer chez elle, prit le chemin de la rue Bleue, où avait autrefois logé madame Lefebvre. Peut-être, se dit-elle, cette femme y demeure-t-elle encore. Je saurai si elle m’a trompée. Il faut qu’elle me dise ce qu’ils ont fait de ma fille!
Madame Lefebvre avait déménagé l’année précédente. Louise demanda si l’on ne savait pas sa nouvelle adresse. Le portier répondit qu’elle ne l’avait pas laissée en partant; mais, à force d’instances, Louise obtint de lui cette réponse: Je crois qu’elle demeure rue Chauchat, nº 13 ou 15; je n’en suis pas bien sûr.
Par hasard, Louise frappa tout d’abord à la porte de la maison nº 15, et c’était là vraiment le domicile de la Lefebvre, qui pour l’instant était sortie. Je reviendrai dans la journée, dit Louise. En effet, elle revint, mais inutilement. La Lefebvre ne rentra que fort avant dans la nuit.
Le lendemain, lundi, de bonne heure, Louise était rue Chauchat. La Lefebvre était absente depuis quelques minutes; mais elle avait donné ordre au portier de dire qu’elle serait de retour à deux heures précises. Louise attendit dans les environs, et enfin elle rencontra son ancienne femme de chambre. L’étonnement de celle-ci fut grand à voir Louise flétrie comme si elle était vieille, mal vêtue comme si elle était dans une extrême misère.