—Ah! mon Dieu! s’écria la Lefebvre, c’est vous, ma chère petite dame! Qu’est-ce que vous êtes donc devenue depuis le temps? C’est cette Valery qui vous a réduite là, je m’en doute.... Si vous m’aviez écoutée.... mais vous n’avez jamais voulu.... Je parie qu’elle vous a mangé toutes vos pauvres rentes?... N’est-ce pas? Ah! ces coquines de femmes, je vous avais bien dit de vous en méfier...
Louise n’osait lever les yeux, une vive rougeur colorait les pommettes amaigries de ses joues.
—Et que faites-vous maintenant? demanda la Lefebvre.
—Je travaille, répondit Louise.
—Elle travaille! pauvre cher trésor! j’avais toujours pensé que vous en reviendriez là: vous n’étiez pas faite pour la coquetterie, vous, ça ne vous allait pas. Enfin, je conçois, vous avez voulu vous étourdir... Mais cette Valery, vous en a-t-elle mangé, de l’argent?... Hé! vous n’avez rien à me reprocher, toujours! je vous ai donné de bons conseils; je vous ai dit: Restez avec moi, madame; vivons ensemble, ne nous quittons jamais.. mais, bah! les jeunes filles n’écoutent que leur tête!
—Madame Lefebvre, interrompit Louise, en faisant un effort sur elle-même, je viens vous demander ce qu’est devenu.....
—Monsieur Gustave? je n’en ai jamais entendu parler depuis vous, madame. Seulement, je reçois de sa part, de temps en temps, de petits secours... mais peu de chose.
—Ah! il ne vous a donc pas oubliée, vous?
—Et pourquoi m’aurait-il oubliée? répondit la Lefebvre; moi, je n’ai jamais été sa maîtresse.
—Il ne s’agit pas de M. Gustave, que je méprise et qui sans doute me méprise aussi, répliqua Louise d’une voix altérée par l’émotion. Ce que je veux savoir, madame Lefebvre, et ce que vous allez me dire tout de suite, ou je saurai bien vous y contraindre, c’est en quel endroit on a mis mon enfant.—Qu’est devenue ma fille?