—Vous vous expliquerez devant monsieur le maire, lui dit-il.
M. le maire n’était pas revenu des champs. Le garde, qui voulait déposer sa capture en lieu de sûreté jusqu’au retour du chef municipal, la conduisit près de l’église, à laquelle était attenante une petite chambre, chapelle autrefois, maintenant prison ou grenier, selon qu’on y mettait des vagabonds ou du fourrage. Louise, en voyant l’asile honteux qu’on lui destinait, mais surtout en pensant à sa fille qu’elle ne verrait ni ce soir-là, ni peut-être le lendemain, lutta de toute son énergie avec le garde, lorsqu’il voulut la pousser dans cette espèce de prison. Mais convaincu, par la résistance de Louise, que réellement il avait affaire à quelque voleuse, cet homme, robuste d’ailleurs, se débarrassa aisément d’elle et l’enferma sous clef.
Les cris de la malheureuse mère se faisaient entendre d’un bout du village à l’autre. Sa prison avait une petite fenêtre, protégée par deux barreaux de fer, le tout donnant sur une ruelle. Suspendue à ces barreaux, Louise appelait du secours, implorait la pitié publique, mais en vain; personne ne venait. Vers le soir, elle redoubla ses cris, et bientôt une foule d’habitans de tout sexe accourut pour savoir quelle était cette femme et quel pouvait être son crime.
Le maire arriva, suivi du garde-champêtre qui portait du pain et un peu d’eau à la prisonnière.
M. le maire commença l’interrogatoire. Louise pressée de questions sur son nom, sur sa famille, sur son pays, finit par dire:
—Je me nomme Louise Drouart, je n’ai pour toute famille qu’un enfant et j’habite le château de Baroy.
—Et à quel titre, demanda le maire, habitez-vous le château de Baroy? Vous avez dit au garde que vous êtes mendiante.
—C’est vrai, répondit Louise. Les jardiniers de Baroy me logent la nuit, et je mendie le jour.
—Et votre fille, où est-elle? habite-t-elle le château comme vous?
—Non, monsieur...... ma fille est à.... Floyon.