—Je le veux bien, répliqua Louise, fouillez-moi; mais du moins, si vous reconnaissez que je ne suis pas une malhonnête femme, si vous ne trouvez rien sur moi que les misérables sous que j’ai quêtés sur ma route, rendez-moi la liberté, rendez-moi la vie; laissez-moi aller embrasser mon enfant!

Ce fut le garde-champêtre qui fit les recherches. Dans une des poches de Louise, il trouva le menu produit de sa quête du jour; dans l’autre, quelques débris de pain.

—Je crois bien, dit-il, que si elle a volé quelque chose, elle ne l’a pas mis dans sa poche.

En disant cela, il porta vivement la main sur le haut de la robe de Louise.

Celle-ci recula indignée: Monsieur!... s’écria-t-elle...

—Qu’est-ce que vous faites donc? demanda le maire au garde.

—Je sais ce que je fais, reprit-il en introduisant les doigts avec force sous le corset de Louise.

Louise se débattait, demandait grâce... Le garde triomphant tira du sein de Louise un petit mouchoir brodé en dentelles: à un des coins il portait pour marque les lettres J. C.

La pauvre femme, qui se voyait ravir ce trésor, ce petit mouchoir que sa fille tenait à la main, pendant la danse, le jour de la ducasse d’Étrœung, ne se sentait pas le courage de le réclamer comme étant à son enfant. Elle le lui avait dérobé, le lundi matin, en route, dans la voiture, et elle avait appliqué sur ses lèvres, serré sur son cœur, ce précieux tissu encore tout mouillé de la sueur qui coulait du visage de sa chère Julie. Depuis lors elle l’avait gardé comme une relique. Maintenant qu’on le lui reprenait, pouvait-elle dire: Je ne l’ai pas volé, il est à moi, car il est à ma fille! Quelle apparence, d’ailleurs, qu’un mouchoir brodé appartînt à la fille d’une misérable mendiante? On ne le croirait pas, et si on le croyait, n’était-ce pas publier un secret dont la révélation inopportune pouvait ruiner toutes ses espérances, tout son bonheur!

Seulement elle se traînait aux pieds du mayeur et de son garde, en leur criant à mains jointes: