—Je ne suis pas coupable, messieurs, je suis une pauvre mère; rendez-moi la liberté!
Mais quelles que fussent ses supplications, Louise, vagabonde, mendiante et soupçonnée de vol, devait être remise, le dimanche suivant, entre les mains des gendarmes d’Avesnes.
CHAPITRE VIII.
L’absence prolongée de Louise a laissé fort inquiets les habitans de Baroy. Voilà deux jours que l’innocente n’est rentrée au château, et tout le monde, depuis Julie jusqu’au vieux père de Célestin, s’étonne et s’alarme de ne pas la voir paraître. On la fait chercher dans les environs: personne ne peut dire ce qu’elle est devenue. Quelques moissonneurs racontent seulement qu’elle est passée dans la journée du mercredi, tout à côté d’eux; mais nul ne sait si elle a passé la frontière ou si elle est restée en France. Louise est connue à deux ou trois lieues à la ronde, et cependant, quelque villageois qu’on interroge, aux alentours, chacun déclare ne l’avoir pas rencontrée.
Deux motifs expliquent l’inquiétude et les recherches auxquelles se livrent Célestin et sa famille: leur amitié pour Louise; l’extraordinaire de sa disparition. Du moment où Louise a trouvé asile et protection au château, elle est constamment rentrée avant la nuit. Nous avons même vu que, dans ses excursions quotidiennes, elle revenait, une et deux fois par jour, se reposer à Baroy.
Le jeudi soir, second jour de l’absence de Louise, un monsieur, qui paraît pressé, frappe rudement à la principale porte du château: c’est M. le maire d’Étrœung. Célestin court à la hâte, et Julie aussi, et aussi Léocadie, tous espérant que M. le maire, leur ami, vient leur donner des nouvelles de l’innocente; mais M. le maire ignore l’accident qui les afflige; il n’a pas entendu parler de Louise, et s’il leur rend visite, c’est parce qu’il s’en va ce jour-là même à Paris, et qu’il ne veut pas se mettre en route avant de s’informer de leur santé, de la santé surtout de mademoiselle Julie, avant de savoir, en un mot, s’ils n’ont pas quelques lettres, quelque commission à lui donner pour M. Gustave Charrière.
Cette grande nouvelle leur fait un moment oublier Louise. M. le maire se rend à Paris! M. le maire va voir le seigneur! C’est un événement pour eux tous. Célestin est confondu d’admiration: devant lui est un homme qui, dans vingt-quatre heures, se promènera dans la grande ville qu’habite le propriétaire de Baroy, ce riche possesseur d’un château en province, d’un hôtel et d’une voiture à Paris! Célestin peut à peine croire ce qu’il entend. Enfin, comme tout cela n’est point un rêve, et que M. le maire s’en va bien tout droit à Paris, il lui recommande de présenter ses hommages à son seigneur et de rapporter une robe pour Léocadie. La bonne nourrice, elle, se contente de dire au maire d’Étrœung:
—Vous prierez notre seigneur de me laisser le plus long-temps possible ma chère petite fille; vous lui direz qu’elle se porte bien, qu’elle est heureuse avec nous, et que, s’il vient au château à la fin de l’autre semaine, comme on l’assure, il trouvera que j’ai eu bien soin de notre Julie.
—Et moi, bien soin du jardin et de la maison, et des plantations, et des terres, et de tout, dit Célestin; je me flatte que notre seigneur sera content.
—Et vous, mademoiselle, dit le maire à Julie, ne me chargez-vous d’aucune commission pour votre papa?