—Si fait, monsieur: vous lui direz que je l’attends pour me remmener à Paris, et vous lui direz aussi que maintenant je sais écrire.

Elle appuya sur ces derniers mots avec un petit air de triomphe.

—Vous savez écrire, mademoiselle; mais c’est charmant cela!

—C’est l’innocente qui lui a montré l’écriture, reprit Célestin. La pauvre femme s’est donné un mal avec cet enfant!.. Mais, Léocadie, ajouta-t-il en regardant sa femme avec tristesse, comprends-tu que cette malheureuse Louise ne revienne pas? Il lui sera arrivé une mauvaise aventure.

—Je ne sais pourquoi j’ai idée que nous la reverrons ce soir, répliqua Léocadie; elle s’est peut-être perdue en route, mais elle aura fini par retrouver son chemin.

—Dieu t’entende! dit Célestin. S’il lui était survenu quelque malheur, je ne m’en consolerais pas.

—Oui, oui, s’écria le maire, votre innocente reviendra ce soir ou demain, rassurez-vous; et en attendant souhaitez-moi un bon voyage, car il faut que je parte.

Il était contre tout usage que le maire d’Étrœung quittât ses amis sans avoir mangé et bu très-amplement avec eux. On s’attabla donc; mais, comme il faut que tout finisse, même les repas d’adieu, le maire se leva, pour prendre congé de ses hôtes. Cependant Julie n’était pas là; ils s’en aperçurent pour la première fois, bien qu’elle les eût quittés depuis une longue demi-heure. Célestin se mit à sa recherche, car M. le maire ne voulait pas, disait-il, s’en aller avant d’avoir présenté ses respects à mademoiselle Charrière. On trouva Julie griffonnant au milieu d’un tas de lettres commencées, inachevées, et recommencées pour rester inachevées encore.

Toutefois elle en terminait une dont elle était satisfaite, à ce qu’il parut. Elle la porta toute joyeuse à M. le maire, qui se permit d’y jeter un coup d’œil. Cette lettre contenait en quelques mots:

«Je t’attends pour que tu me remmènes au spectacle. Ma bonne Louise est perdue; si tu la vois à Paris, dis-lui de revenir avec toi, nous partirons tous ensemble. Adieu, je t’embrasse.»