L’écriture de Julie était presque indéchiffrable, ce qui n’empêcha pas l’officier municipal de lui donner les plus grands éloges. La petite fille était radieuse. Célestin dit:
—C’est pourtant cette innocente qui lui a montré à tenir une plume! Quel malheur qu’elle ne soit plus au château; bien sûr que le seigneur l’aurait richement récompensée!
Le maire, attiré à Paris par un procès considérable que soutenait sa commune contre l’état, était en humeur de raconter longuement les tenans et les aboutissans de la chose en litige, lorsqu’à la fin, s’apercevant que ni lui ni ses auditeurs ne comprenaient un mot à son affaire, et s’apercevant aussi que les heures marchaient vite, il renouvela ses adieux, serra dans son portefeuille la lettre de mademoiselle Julie, embrassa tout le monde et partit.
Vers la fin du quatrième jour passé depuis que Louise était absente de Baroy, Célestin et sa femme, qui n’espéraient plus en recevoir de nouvelles, assis sur un banc de la cour, causaient de l’innocente et déploraient sa mort, car ils ne supposaient pas qu’elle pût exister. Julie, debout près d’eux, les écoutait avec tristesse. Le départ de Louise avait laissé un grand vide dans ses amusemens, dans ses travaux même de tous les jours. L’idée que l’innocente était morte, et que par conséquent elle ne la verrait plus, lui donnait de l’impatience et du chagrin. Louise s’occupait d’elle avec tant de bonté, elle l’embrassait avec tant d’amour, elle était si attentive à lui plaire en toutes choses! Ce n’est pas que souvent Louise ne se fût montrée sévère à sa fille; mais ses remontrances étaient faites si à propos, adoucies par une si profonde tendresse, que Julie, tout en se fâchant contre l’innocente, ne pouvait s’empêcher un moment après de l’appeler encore sa bonne Louise.
Tous trois, Célestin, sa femme et Julie, pensaient donc à l’innocente, dans la soirée du samedi, tous trois la regrettant plus ou moins fort, suivant son cœur et la nature de ses sympathies.
Un jeune paysan, vêtu d’un sarrau de toile bleue, collet et jabot festonnés, entra précipitamment à Baroy.
Aux premières paroles qu’il dit, Célestin s’écria:
—Louise! Elle est en prison!.... C’est elle qui vous envoie! Ah, mon Dieu! Parlez, qu’est-ce qu’il faut faire?.....
Léocadie et Julie ne montraient pas moins de curiosité et d’inquiétude.
Le jeune paysan les surprit et les affligea beaucoup en leur annonçant que leur amie était accusée de vol.