—Eh bien! dit-il à Louise, d’une voix encourageante, vous m’avez demandé, me voilà. Parlez sans crainte: je vous écoute. Êtes-vous une voleuse?

Louise se tenait immobile, effrayée des paroles qu’elle allait dire. Le digne maire lui répéta le plus doucement qu’il put:

—Parlez, vous n’avez rien à craindre. Où avez-vous volé ce mouchoir? A qui appartient-il?

—A ma fille, monsieur, à ma fille! s’écria-t-elle. Je ne suis pas coupable. Faites-moi sortir d’ici. Oh! monsieur, si vous êtes père, si vous avez des enfans, ayez pitié de moi, je vais vous instruire de tout, monsieur, mais promettez-moi de n’en parler à personne, et de me renvoyer à Baroy avant que les gendarmes ne viennent.

Le maire promit tout ce que Louise voulut. Alors elle commença d’une voix basse, étouffée de sanglots, le récit cent fois interrompu de ses malheurs. Le maire stupéfait écoutait bouche béante cette histoire, à laquelle cependant il n’ajouta que peu de foi.

—Vous assurez, dit-il, que la fille de M. Charrière est à vous. Je veux bien vous croire; mais pour cela faire, il est juste que le seigneur de Baroy lui-même confirme votre déposition. Je lui écrirai donc demain pour savoir si vous ne mentez pas.

Louise, emportée par la douleur, reprocha au maire de manquer à sa parole; elle lui rappela la promesse faite de ne révéler son secret à personne; elle lui dit qu’écrire à Gustave, c’était la perdre sans ressource, et qu’il valait autant pour elle mourir tout de suite dans sa prison. Le maire prétexta les devoirs de sa charge, la nécessité de découvrir si Louise disait vrai, les reproches qu’il encourrait, en rendant libre, sans preuve d’innocence, une vagabonde soupçonnée de vol. Puis, voyant Louise se frapper le sein, et l’entendant pousser des cris de désespoir, il gagna précipitamment la porte dans la crainte d’être lui-même victime de cette furieuse (ce fut le nom qu’il lui donna). Je la remettrai demain matin aux gendarmes d’Avesnes, pensa-t-il; je communiquerai sa déposition à M. le procureur du roi, et on reconnaîtra, j’en suis sûr, qu’elle m’a fait un mensonge pour m’attendrir et s’évader.

Le maire franchissait la porte, lorsqu’il se sentit violemment saisir au corps: il se retourna: c’était Louise, non furieuse, mais suppliante, mais à genoux, mais pleurant, qui conjurait le maire de lui permettre de retourner à Baroy, près de sa fille.

Aux pleurs, aux supplications de Louise, des cris répondirent non loin de là: on entendit accourir plusieurs hommes. L’officier municipal prêtait encore l’oreille à ce bruit inaccoutumé, et Louise, repoussée par le maire, avait à peine quitté son humble posture, que déjà Célestin et le fils du garde avaient paru. En apercevant le jardinier du château, Louise leva les mains au ciel et dit: Je suis sauvée!

Il fallut d’abord expliquer au maire comment le fils du garde, à l’insu et pourtant à l’excitation de tout le village, était parti pour le château de Baroy. Le maire s’étonnait, et Louise, tout entière à Célestin, embrassait ce dernier avec amour, et elle lui disait: