Louise, dans le coin le plus sombre de sa prison, sanglotait, prononçait de lentes paroles, inintelligibles à tous, mais empreintes d’une tristesse funèbre....

Le maire poursuivait avec calme le récit de l’histoire imparfaite qu’il avait recueillie de la bouche de Louise, quand un énorme éclat de rire vint lui couper brusquement la parole. Il leva sa lanterne jusqu’à hauteur de visage, et aperçut, éclatant encore sur la face de Célestin le plus grand rire qui se puisse voir et entendre. Depuis quelques minutes, l’honnête jardinier se tenait à quatre pour ne pas partir d’un accès de joie immodéré, en présence de l’officier municipal; mais à la fin, le rire qui l’étouffait n’avait pu être contenu par son respect pour M. le mayeur.

—Qu’avez-vous donc? demanda le maire avec un léger accent d’humeur; ce que je dis n’a rien de plaisant, je crois.

—J’ai, répondit Célestin, d’un air un peu plus sérieux, j’ai que je trouve drôle l’histoire que vous m’avez faite. Où l’avez-vous prise?

—C’est Louise Drouart elle-même, l’ancienne maîtresse de votre seigneur...

—Qui ça, l’innocente?

—De quelle innocente parlez-vous?

—Eh bien! de la folle, quoi donc, de Louise, celle-là que vous tenez en prison! Elle vous a conté qu’elle a été la maîtresse du seigneur, et que notre demoiselle est sa fille!... et vous avez cru cela, vous, un maire!

—Mais, tout à l’heure elle-même ne vous a-t-elle pas demandé des nouvelles de sa fille?

—C’est un nom qu’elle lui donne par amitié, la pauvre femme! Comment n’avez-vous pas vu tout de suite que c’est une innocente?... Venez ici, Louise.