Toute erreur est une négation qui se présente sous la forme d’une affirmation.
Supprimons la négation, et nous dirons :
L’esprit humain conçoit la symétrie, l’harmonie, la géométrie, parce qu’il est en rapport avec la vérité.
La matière subit la régularité, la géométrie qui règne dans la nature.
Les opérations de l’esprit sont régulières et soumises à ses lois.
Les opérations de la matière sont régulières et soumises à ses lois.
En effet, l’esprit humain et l’univers matériel ont tous deux leur raison d’être et leur loi dans la loi souveraine, qui est en même temps le type ; dans le Verbe en qui Dieu contemple les êtres et les lois ; et pourtant l’esprit humain et l’univers matériel sont parfaitement distincts.
C’est toujours dans l’infini que réside cette harmonie, que l’Allemagne cherche dans la création.
L’univers, bien que son type réside dans le Verbe, est une substance distincte de la substance divine. Son archétype est en Dieu ; mais l’univers créé n’est pas Dieu. L’âme humaine est aussi la réalisation d’une idée contemplée par Dieu dans le Verbe. Son archétype est en Dieu, mais l’âme n’est pas Dieu. Les créatures visibles et les créatures invisibles ayant toutes leur archétype dans le même Verbe, cette relation commune explique les relations mystérieuses qui unissent les deux mondes. Les combinaisons inouïes de l’un et de l’autre, puis de l’un avec l’autre, sont quelques évolutions de la sagesse qui se complaît dans la beauté de son œuvre. La régularité, l’harmonie, la géométrie, la beauté, la musique, sont écrites dans un monde, sont écrites dans l’autre, et sont écrites dans la combinaison des deux mondes. Le même Verbe qui est leur archétype à tous deux est aussi leur loi à tous deux. Il préside à leur évolution comme il a présidé à leur naissance. Mais voici, entre l’homme et la nature, une grande différence qu’a méconnue l’Allemagne. Cette loi adhère à la nature ; elle n’adhère pas à l’homme : elle s’impose à la création inanimée qui obéit toujours ; elle se propose à l’homme qui peut désobéir et qui désobéit. La liberté met entre la nature et nous l’abîme qu’a oublié Schelling. L’évolution de la nature est nécessitée, la nôtre est libre. Le péché est l’infidélité de l’être créé vis-à-vis du type idéal de lui-même, que Dieu contemple dans son Verbe. L’ordre est dans nos mains : nous le troublons quand nous voulons, et alors Dieu, qui nous respecte trop pour assujettir nos volontés à l’ordre, mais qui se respecte trop pour assujettir l’ordre à nos volontés, fait jaillir un ordre nouveau du désordre introduit par nous. Notre liberté tient en éveil l’activité divine ; aussitôt l’univers visible et l’univers invisible deviennent féconds en combinaisons nouvelles d’où sort, avec un ordre nouveau, la conciliation facile et merveilleuse de notre liberté et de la volonté divine.
Séduits par la pensée de l’absolu, Schelling et Hégel ont oublié les diversités, les oppositions qui, loin de nuire à l’harmonie, la font resplendir d’un éclat nouveau. Ils ont méconnu la grandeur vraie, celle qui résulte des choses telles qu’elles sont, pour adopter une hypothèse gigantesque en apparence, mais inconsistante en réalité, qui ruine l’ordre et l’homme avec la prétention de les glorifier tous deux. Un enfant de douze ans qui sait son catéchisme les avertirait de leur erreur.