Il est assimilable à tout, et il n’est semblable à rien.
Sa présence et son absence produisent dans l’âme d’autres effets que la présence ou l’absence d’une pensée scientifique. Aussi n’est-il pas une opinion. Il est une foi, et la foi est une vertu ; ce seul fait établit entre le christianisme et toute autre doctrine une différence que j’indique en passant.
Regardez le monde des idées. Le christianisme triomphe en lui-même. Regardez le monde des faits. Il triomphe par ses amis, qui atteignent là où l’homme ne peut atteindre, et qui, sans jamais se ressembler, sont fondus dans le même esprit. Il triomphe par ses ennemis qui le glorifient à leur manière, et semblent mettre je ne sais quelle affectation à nous montrer ce qu’on devient sans lui.
Aucun hommage ne lui manque ; mais l’hommage de la haine est un des plus significatifs. Il agit avec la perfection infaillible de l’instinct. Il est aveugle et par là même éclairé. Cette haine a un caractère particulier : c’est une fureur d’un genre à part, à laquelle ses plus doux ennemis échappent rarement ; c’est la haine d’un obstacle que l’on sent invincible.
C’est la colère du bœuf qui se casse les cornes contre un mur. Or, l’hommage de cette haine précieuse ne s’adresse qu’au catholicisme. Le catholicisme est le point central : tous les coups frappent sur lui. Tout ce qui a horreur du surnaturel a horreur de lui.
Tous les esprits puissants ont besoin de synthèse.
Il leur faut une doctrine complète qui rende compte de tout
Plutôt que de s’en passer, ils abordent hardiment l’absurde, si l’absurde systématisé leur offre l’apparence du repos. Magnifique démonstration ! Nous avons tant besoin de croyance que nous nous jetterions dans les bras de Fourier, plutôt que de tomber dans le vide. Ames agitées en ce siècle terrible, âmes altérées, qui ne voulez pas puiser à la source ouverte, jetez les yeux sur vous et sur l’univers. Deux routes vous sont ouvertes, la route des systèmes, celle de la vérité. Les systèmes singent la vérité ; ils veulent tout embrasser, parce qu’elle embrasse tout. Ils veulent être immenses, parce qu’elle est immense. Mais ils sont absurdes, et elle est raisonnable.
Creusez dans le système, vous allez trouver le fond, vous apercevrez l’orgueil d’un homme qui a égaré quelques esprits faibles. Mais le fond de la vérité, vous ne le trouverez pas. Elle vous plongera dans un abîme fécond dont les richesses se multiplieront devant vous, à mesure que vous vous en approprierez davantage. Plus vous chercherez, plus vous trouverez, et plus vous trouverez, plus vous chercherez ; car l’avidité de l’infini grandit dans l’homme avec sa jouissance. La loi de l’infini, contraire à la loi du fini, c’est de nous apparaître d’autant plus désirable que déjà nous avons plus goûté de lui. Les systèmes trompent pour un jour votre inquiétude de l’absolu. Le christianisme la reposerait vraiment. Mais vous préférez le mensonge à la vérité pour deux raisons.
D’abord, la vérité oblige, et le mensonge n’oblige pas. Aussi l’éternel cri de la foule retentit de siècle en siècle : Qu’on délivre Barrabas !