La contradiction, en tant qu’elle est le mal et le néant, Hégel la regarde comme éternelle, nécessaire et définitivement victorieuse. Il affirme l’identité du bien et du mal, la nécessité, la fatalité de tous les deux. Il appelle harmonie cette chose qui ne devrait pas avoir de nom, et Dieu la substance qui supporte cet accident épouvantable ; aussi promet-il au mal un règne éternel comme au bien. Hégel croit que la collision dont nous sommes les acteurs et les victimes est l’état définitif et nécessaire des êtres. Ayant oublié la liberté de l’homme, il croit le péché nécessaire. Il lui ôte son nom, et par conséquent son caractère ; il en fait une des formes du développement universel. Ayant oublié Dieu, il oublie, en même temps que la différence du bien et du mal, la victoire de l’un sur l’autre, et le triomphe éternel de l’être.

Par exemple :

Nous avons sous les yeux le vice et la vertu. Hégel croit que tous deux constituent l’ordre, le constituent nécessairement, éternellement, à titres égaux. Hégel, chrétien, eût vu la vérité et l’eût vue de bien haut. Non, le péché n’est pas semblable à son contraire. Il est le mal. L’homme qui le commet librement sera puni. Non, le péché n’est pas dans l’ordre, mais il sera réduit à l’ordre dans l’éternité par le moyen de la justice et de la miséricorde.

Si la contradiction devait toujours durer telle qu’elle est aujourd’hui, loin de constituer l’harmonie telle que Dieu la veut, elle en serait la négation définitive. Mais résolue un jour dans l’unité par la sagesse absolue qui encadre le désordre dans un ordre plus large que lui, elle deviendra un accent de l’harmonie immense. Il est faux que le bien et le mal soient identiques ; il est vrai que tous deux peuvent trouver place dans l’ordre absolu. L’enfer sera dans l’ordre où le péché n’était pas, et chaque chose fera sa partie dans le grand concert.

Le jour où les oppositions relatives seront levées à nos yeux, le jour où l’éternelle justice et l’éternelle miséricorde trahiront leur unité en dévoilant leur essence, les contradictions réelles absolues trouveront en Dieu leur destinée écrite, et, sans s’identifier entre elles, s’accorderont avec l’ordre absolu, prenant chacune leur place dans l’harmonie universelle par la vertu une et active de l’infini.

Les oppositions relatives rencontrent une solution absolue.

Les contradictions absolues rencontrent une solution relative.

Réfléchissant à ces choses desquelles dépendra mon avenir humain et mon avenir éternel, sous le regard de Dieu que je ne tromperai pas, engagé dans la chaîne des êtres, appelé à faire un choix, considérant que je suis créé pour la vie et non pas pour la mort, pour la vérité et non pas pour l’erreur, pour l’amour et non pas pour la haine, considérant qu’incapable d’arriver par moi-même au but où je tends, j’ai besoin d’une main qui m’y conduise, je m’adresse à l’Église éternelle.

Cette Église a parlé une parole toujours la même, parce que divine. De saint Pierre à Pie IX elle n’a pas varié : elle ne variera pas. Que les trônes croulent ou s’élèvent, elle parle et parle d’une voix immuable. Par où que je regarde, en avant, en arrière, je suis enveloppé par la continuité de la parole. Je suis d’accord avec mes Pères de Nicée, avec mes Pères de Tolède, avec mes Pères de Laodice, avec mes Pères de Trente. Je suis d’accord avec l’humanité, d’accord avec moi, d’accord avec Dieu qui est plus près de moi que moi-même. Je communie à saint Thomas et à saint Athanase, et à saint Denis l’Aréopagite et à Hiérothée son maître, et à saint Anselme, qui ont cru, comme à Isaac, à Jacob, à Abraham, qui attendaient, comme aux enfants chinois que nos missionnaires baptisent. Je salue la science et la foi qui s’allient dans l’unité. Je prends parti pour la vie contre la mort. Je salue Rome et le Saint-Siége apostolique. Je me prosterne devant l’héritier des promesses faites à saint Pierre, devant le vieillard éternel dépositaire des clefs trois fois saintes, représentant de la lumière incréée et son organe infaillible. J’adhère sans restriction à l’unité de l’Église éternelle. Je lui soumets mon œuvre. Je lui soumets les paroles que je prononce en son honneur.

CHAPITRE VII.
LA RÉDEMPTION.